Aaaah !
Osman Cerfon
2023 - 5 minutes
France - Animation
Production : Miyu Productions
synopsis
Aaaah ! c’est des cris de douleur, la surprise, l’effroi, la joie, des chants, des râles, des rires, la colère. Aaaah ! c’est l’expression avec laquelle les enfants, ces êtres primaires et innocents, font l’expérience de la vie en collectivité, bien encadrés par les coups de sifflets des adultes.
biographie
Osman Cerfon
Né en 1981, Osman Cerfon étudie d’abord le design graphique à Chaumont, puis l’illustration aux Beaux-Arts d’Épinal. C’est à la Poudrière, école du film d’animation de Valence, qu’il achève ses études en 2007. Depuis, il travaille dans le secteur de l’animation, où il a occupé de nombreux postes : scénariste, animateur, storyboardeur, directeur artistique… En 2010, il réalise Pas de peau pour l’ours, qui constitue le premier chapitre d’une série intitulée “Chroniques de la poisse”, poursuivie par la biais d’un second épisode, Comme des lapins, en 2012. Je sors acheter des cigarettes, réalisé en 2018, dépeint sous des traits faussement enfantins une famille monoparentale dysfonctionnelle, où l’absence du père se matérialise de manière surprenante. Le film est sélectionné et récompensé dans de nombreux festivals internationaux, obtenant notamment le Prix Émile-Reynaud.
Critique
À l’école, on apprend à lire, à compter, à vivre ensemble. On apprend aussi à crier. De colère, de joie, de douleur, d’ennui, de surprise, de faim ou juste parce que. Dans Aaaah !, Osman Cerfon transforme une journée de vie collective en une symphonie du cri, où les enfants ouvrent grand la bouche sans jamais prononcer un seul mot.
Le principe est aussi simple que jubilatoire : une succession de scènes où les mômes courent, tombent, se battent, rient, pleurent, bâillent, chantent, glissent, se roulent dans la boue, réclament à manger ou s’enfoncent des crayons dans les narines. Tout y passe. Les voix des enfants, enregistrées dans une école de Valence, donnent au film son énergie et sa spontanéité. À l’écran, les silhouettes colorées – vertes, roses, rouges, jaunes, bleues – s’agitent dans tous les sens, comme si l’école était moins un lieu d’apprentissage qu’une gigantesque cocotte-minute.
Et puis il y a les adultes. Enfin, presque. Réduits à quelques coups de sifflet, ils incarnent une autorité lointaine qui tenterait désespérément de contenir ce petit monde en ébullition. Derrière l’absurde, Cerfon observe quelque chose de très juste : l’école est le premier endroit où l’enfant doit renoncer à son propre rythme pour entrer dans celui du groupe. Arriver à l’heure, attendre, écouter, travailler, manger quand c’est l’heure de manger. En somme, apprendre à se contenir. Or les enfants de Aaaah ! semblent précisément sur le point d’exploser à chaque instant.
Le dessin y est pour beaucoup. Peintes à l’encre, les images possèdent une vibration légèrement instable. Cerfon pousse même l’animation à 25 images par seconde, là où 12 auraient généralement suffi, pour accentuer cette nervosité permanente. Les visages frémissent, les corps débordent, tout semble prêt à partir en vrille.
En quatre minutes, Aaaah ! aligne les vignettes comiques à toute vitesse. Pas de dialogue, pas d’explication, pas besoin de sous-titres : le “Aaaah !” est suffisamment universel. Et cette contrainte devient même une formidable mécanique de narration. Le résultat est absurde, évidemment. Mais pas tant que ça. Parce qu’au fond, le film parle moins de cris que de tout le spectre des émotions enfantines, en version grand angle.
Il y a quelque chose de réjouissant à retrouver l’univers farfelu d’Osman Cerfon, de Chroniques de la poisse (2009-2011) à Je sors acheter des cigarettes (2018). Avec Aaaah !, il poursuit son exploration de l’absurde et des situations qui dérapent. Une farce sur l’enfance qui agit comme une drôle de petite machine à souvenirs.
Léa Drevon
Réalisation et scénario : Osman Cerfon. Image : XXX. Montage : Catherine Aladenise. Son : Arnaud Kalmes et Denis Vautrin. Animation : Osman Cerfon, Hippolyte Cupillard, Quentin Marcault et Martin Touzé. Production : Miyu Productions.


