Extrait
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À bras le corps

J-23

Katell Quillévéré

2005 - 20 minutes

France - Fiction

Production : G.R.E.C.

synopsis

Deux enfants se lèvent pour partir à l’école. Comme chaque matin, ils s’inventent des jeux, perpétuent leurs rituels faits de cruauté et de complicité.

Katell Quillévéré

Née le 30 janvier 1980 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, Katell Quillévéré a étudié le cinéma à l’Université Paris-VIII. Elle est aussi titulaire d’une licence de philosophie et a créé, en compagnie de Sébastien Bailly, le Festival du cinéma de Brive, dédié au moyen métrage.

Pour sa première réalisation, À bras le corps (2005), elle reçoit plus de 20 récompenses dans les festivals internationaux, parmi lesquelles le Grand prix à Aix-en-Provence et à Paris tout court, le Silver Dragon à Cracovie et des prix du public à Vila do Conde, Pantin, Angers et Belfort.

Elle signe ensuite deux autres courts métrages, L’imprudence (2007) et L’échappée (2009), puis un premier long, Un poison violent, qui remporte le Prix Jean-Vigo 2010. Le suivant, Suzanne, est présenté à Cannes en ouverture de la Semaine de la critique et vaut en 2014 le César du meilleur second rôle féminin à Adèle Haenel. 

En 2016, Katell Quillévéré revient avec un nouveau film, Réparer les vivants, adapté du roman à succès de Maylis de Kerangal, publié aux éditions Gallimard/Verticales. 

Elle se tourne ensuite avec succès vers le format de la série : Le monde de demain, qu'elle cosigne avec Hélier Cisterne, revient sur les prémices du hip-hop en France et connaît un beau succès critique lors de sa diffusion sur Arte.

Dans la foulée, son quatrième long métrage, Le temps d'aimer, lui permet de revenir sur la Croisette, au sein de la section Cannes Première, avant sa sortie en salles le 29 novembre 2023. Situé dans les années d'après-guerre, il compte Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste en tête de distribution.  

Critique

Saisir l'insaisissable : À bras le corps se bâtit sur cette alliance d'idées apparemment contraires. Dans le jour blafard et gris bleu d'un matin d'hiver, deux corps d'enfants sont livrés à eux-mêmes. Ils sont frères et leurs gestes, au-delà de leur ressemblance physique, en rendent compte à travers, entre autres, la protection mâtinée de léger sadisme que l'aîné exerce sur le plus jeune. Ils s'inventent des jeux qui ne regardent qu'eux et l'absence d'un adulte pour les guider dans cette journée qui commence se fait, à la longue, inquiétante.

À bras le corps se situe dans l'interzone louche entre le lever et le moment où l'on sort de chez soi. Ce passage du sommeil à la veille se trouve ici contrecarré et rallongé par l'attente de la mère qui ne vient pas. Au bout d'un couloir que la caméra pose comme un lointain, se trouve la chambre maternelle. La mère est allongée à plat ventre, sonnée ou morte, le film ne le détermine pas. Mais la possibilité du décès semble animer les corps joueurs des enfants d'une violence sourde et soudaine. Tels des lionceaux livrés à eux-mêmes, ils caressent et bousculent celle qui refuse de se lever. Puis, le dérèglement taciturne s'installe jusqu'à ce que les enfants jettent sur les passants, du haut d'un balcon, des préservatifs remplis d'eau avec ce cri : "C'est d'la part de not’mère !

Mais la justesse de ces moments successifs ne s'accommode pas tout à fait d'une proximité froide que le regard de la caméra entretient avec ces enfants. Chez les frères Dardenne ou chez un Lodge Kerrigan, l'empathie morale pour les premiers et le sens tragique de l'existence pour le second s'accompagnent d'une pulsation chaude qui va d'eux à nous en passant par les situations montrées. Ici, on frôle cette chaleur constitutive des dépressions et des moments où la vie nous abandonne pour mieux nous sauter à la gorge.

Indéniablement, le film de Katell Quillévéré a de la tenue. Mais c'est à ses saillies de violence et de sourire (lors de la photo de classe finale) qu'il doit sa force.

François Bonenfant

Article paru dans Bref n°70, 2006.

Réalisation et scénario : Katell Quillévéré. Image : Tom Harari. Montage : Thomas Marchand. Son : Emmanuel Bonnat. Interprétation : Elvaize Arroudj, Chérif Arroudj, Hélier Cisterne, Walter Snorkell, Nils Chekroun, Martin Vasseur et Anne Carmignani. Production : G.R.E.C. 

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Bonus

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