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Cahier critique
18/11/2016

"Omnibus" de Sam Karmann

Le mètre-étalon du film à chute, Palme d’or à Cannes en 1992 et Oscar à Hollywood l’année suivante.

Parfaite spécificité du court métrage pour certains, caricature et limite de l’exercice, le film à chute est sans doute un des plus difficiles qui soit. En un temps record, le film se doit d’être efficace et pouvoir être revu sans déplaisir. Rares sont ceux qui ne s’épuisent pas dès la première vision ; une petite blague et puis s’en va.

Omnibus de Sam Karmann, Palme d’or en 1992, Oscar du meilleur court métrage de fiction l’année suivante, appartient à ceux qui, en dépit du parfum vintage qui le nimbe, résistent au temps, à l’image de ces histoires drôles très bien racontées dont on ne se lasse pas.

Un homme se rend compte que le train qu’il prend quotidiennement et où il est installé ne s'arrête plus à la gare où il ne peut se permettre d’être en retard au risque de perdre son emploi. C’est ce qu’il explique à qui veut l’entendre jusqu’à transformer l’indifférence habituelle des transports en commun en un vent de solidarité.

Le comique est d’abord affaire de rythme et de mécanique, tout un art de savoir ménager crescendos et effets de surprises. On se souvient encore du rire qui avait secoué la salle à l’ultime retournement du film lors de la découverte du film à Cannes. Mais l’effet est d'autant plus réussi que ce qui fait finalement échouer l’homme dans son entreprise est le sentiment de solidarité spontané qu’il était parvenu difficilement à faire naître chez les employés de la SNCF et ses compagnons de voyage, de prime abord rétifs.

Le ressort dramatique tient à la situation kafkaïenne puis au compte à rebours comme acmé du suspens qui concentrent notre attention et ménagent d’autant mieux le retournement final. Mais sans doute qu’une des clés de la réussite d’Omnibus tient à ce que cette impeccable mécanique est irriguée par des sentiments, une pâte humaine qui lève peu à peu, suscite les applaudissements des passagers avant de provoquer l’inverse de ce qui était espéré.

Jacques Kermabon

Réalisation : Sam Karmann. Scénario : Christian Roth et Sam Karmann. Image : Daniel Diot. Son : Laurent Poirier. Montage : Robert Rongier. Musique : Jean Mallet. Interprétation : Daniel Rialet, Jacques Martial, Christian Rauth, Brigitte Auber et Patrick Jamain. Production : Lazennec Tout Court.