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Cahier critique
01/12/2016

"Le repas dominical" de Céline Devaux

Un extraordinaire et jubilatoire jeu de massacre familial, porté par le timbre de Vincent Macaigne et césarisé en 2016.

Depuis un an et demi, on ne compte plus les sélections en festivals et les récompenses glanées par ce film d’animation produit par Ron Dyens pour Sacrebleu Productions. Le début de l’aventure avait commencé à Cannes, au cœur de la sélection officielle des courts métrages, lors de leur rituelle séance matinale de fin de festival en salle Debussy. Voici alors ce que l’on écrivait du tout frais film de Céline Devaux au retour du plus grand festival de cinéma du monde :

“Et puisque la sélection des longs métrages français fut largement commentée (et contestée), on commencera par Le repas dominical de Céline Devaux, peut-être – à ce compte et face à Audiard, Donzelli, Bercot, Brizé, Nicloux et Maïwenn – le meilleur film français de la claudicante sélection officielle 2015. Si le film subjugue, c’est paradoxalement par le truchement de ce qui, généralement, nous intéresse le moins (sans doute à tort) dans un film d’animation : la voix off. Quand elle n’est souvent qu’illustrative, convoquant parfois un acteur connu pour une touche arty, quand les produits animés se succédant sur les écrans empilent, pour leurs V.F., humoristes, animateurs télé, acteurs sur le retour ou chanteurs de variétés interchangeables, le film de Céline Devaux puise, lui, dans le champ art et essai en conviant l’omniprésent Vincent Macaigne à ce roboratif déjeuner.
Pourquoi pas, se dit-on tout en ne pouvant nous empêcher de penser d’abord que c’est un acteur à la mode, que tout cela est très logique, voire un peu convenu. Sauf que la force du film, c’est de choisir non pas le Macaigne loser plus ou moins pathétique que l’on connaît le mieux ici, mais plutôt le metteur en scène énervé (et énervant) dont le cinéma n’a pas encore épuisé le potentiel. S’il est le narrateur de ce repas familial, c’est pour donner corps, par sa voix voilée au bord de la fêlure, à l’intériorité du personnage principal, aux sentiments contradictoires qu’il porte envers les membres de sa famille. Cette voix off, très travaillée, rebondit, se contredit d’une piste à l’autre, comme si la narration objective de ce qui se déroule devait être non seulement contrebalancée par l’inventif et fourmillant univers visuel de la réalisatrice, mais également par des occurrences inconscientes, surgissantes, mettant à mal, au plan sonore (ça hurle, ça fulmine, ça crie), le très précis ordonnancement de l’animation.”

Stéphane Kahn

Article paru dans Bref n°116, 2015.

Réalisation, scénario et animation : Céline Devaux. Son : Lionel Guenoun. Montage : Céline Devaux et Chloé Mercier. Musique : Flavien Berger. Voix : Vincent Macaigne. Production : Sacrebleu Productions.