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Cahier critique
01/03/2017

"Le bruit du gris" de Patar et Aubier

Les célèbres Cheval, Indien et Cowboy reviennent dans les salles obscures pour de nouvelles aventures dans "Panique tous courts". En voici un avant-goût (à partir de 6 ans).

Le duo d’animateurs belges Patar et Aubier revient au format très court pour répondre à une commande de la Collection Canal + “Dessine toujours”. Même si l’action se fonde sur le trio de personnages qui a assuré le succès de la série Panique au village et du long métrage qui en a découlé, Cheval, Cowboy et Indien apparaissent ici comme des guest stars au service d’un message politique.

Filmé en plan fixe, l’intérieur triste et gris d’une maison va se trouver transformé en quelques secondes par l’activisme de ses nouveaux occupants qui s’y installent avec force bruit, musique, couleurs et amis déjantés. Musiciens et grapheurs s’en donnent à cœur joie et les murs gris sont vite recouverts d’un immense dragon bleu expectorant un puissant crachat jaune. Cette occupation militante des locaux se fait dans une ambiance joyeuse et gentiment anarchique, aux dépends du propriétaire du lieu – personnage lui aussi gris et triste – incarnant  à lui seul une époque socialement désenchantée.

Les auteurs signent ici un film tract où leur engagement politique s’affiche sur les murs – messages anti-OGM entre autres – et la présence d’un personnage de graphiste, alter ego du duo de réalisateurs, qui crée et organise cette communication sauvage en direct, sur un rythme effréné et totalement punk. Alors que l’on retrouve avec bonheur l’univers burlesque et potache de Patar et Aubier – animation trépidante et chaotique, voix de fausset d’Indien –, le film semble pourtant s’extirper pour quelques instants du monde acidulé et quasi extraterrestre de Panique au village pour s’immiscer dans le réel et en dénoncer la grisaille ambiante actuelle – qui pourrait s’obscurcir encore d’avantage après les présidentielles. Dès lors les vociférations du personnage de Steven – interprété par Benoît Poelvoorde –, hilarantes dans Panique au village, ont tendance à glacer le sang lorsqu’elles sont éructées par l’odieux Grisman du présent opus. Alors que l’obscurantisme paraît sortir vainqueur de cette bataille graphique et sonore, le film reprend soudain l’action à zéro et ramène ses héros au devant de la scène et sur le front. Une forme de barricade acharnée et indestructible, tel un GIF efficace tournant en boucle sur les réseaux sociaux.

Fabrice Marquat

Réalisation, scénario, montage et animation : Stéphane Aubier et Vincent Patar. Musique : Daan. Production : Panique !