Quand un grand auteur du cinéma mondial s’adonne à la VR
Après sa présentation à la dernière Mostra de Venise, le premier film immersif signé Abderrahmane Sissako, Artou, inaugure un nouveau dispositif inédit, baptisé Traverse, dont on reparlera sans doute souvent à l’avenir.
Abderrahmane Sissako, dont le dernier long métrage Black Tea était sorti en 2024, est de retour au cinéma sur un écran inattendu, celui des casques de réalité virtuelle. Une grande première pour le cinéaste, qui s’est laissé séduire par l’idée de réaliser un film à 360 degrés après avoir participé à Venice Immersive, le programme que la Mostra de Venise consacre au format, où il a notamment découvert Champ de bataille de François Vautier.

Artou (qui signifie “je reviens”) met en scène une fratrie qui, suivant la dernière volonté de leur père défunt, accompagne sa dépouille depuis la France jusqu’au village mauritanien où il souhaite être enterré aux côtés de son propre père. Accompagné par le poème Souffles de Birago Diop, récité par Omar Sy, l’expérience nous immerge dans ce voyage de deuil qui traverse les mers et les étendues désertiques, et surtout les émotions des personnages.
C’est cet aspect intime qui intéressait Abderrahmane Sissako, plus que les prouesses spectaculaires offertes par les technologies immersives. “On est dans une forme d’intimité et de liberté supplémentaires, expliquait le cinéaste lors d’une rencontre avec la presse. Mais je suis persuadé que dans la création, le plus important, c’est le regard de celui qui crée. Il y a un semblant de liberté laissée au spectateur, mais c’est celle qu’on lui impose. On crée ce que l’on veut qui soit vu.”

Il propose ainsi un film qui, n’étant ni interactif, ni outrageusement vertigineux, s’avère la porte d’entrée idéale pour un premier contact en douceur avec le cinéma à 360 degrés. Car avant tout, Artou permet au spectateur de se connecter avec les émotions universelles d’une famille en deuil. C’est la sensibilité ténue de la situation qui frappe, notamment lorsque les protagonistes doivent terminer leur périple à pied dans le désert, au milieu des dunes de sable qui rendent la marche longue et ardue.
Des images fortes qui confrontent la destinée fragile des individus à l’immuabilité des éléments. “C’est un acte de beauté universelle qui nous rend humble face à la vie”, rappelle Abderrahmane Sissako qui, avec Artou, cherche avant tout à “unir” celles et ceux qui le regarderont.

Justement, et c’est toute la force du projet, Artou marque les débuts du dispositif Traverse (porté par Diversion, un acteur historique de l’immersif, avec Art Explora, Futura Cinema et le Réseau national des arts hybrides et cultures numériques), qui va désormais diffuser des films en réalité virtuelle dans les salles de cinéma ainsi que dans plusieurs lieux de culture à travers la France.
Les œuvres, proposées en programmes, sont ainsi accessibles à tous les publics sous la forme d’expériences collectives dans lesquelles les spectateurs regardent le film immersif dans un casque individuel, mais partagent le son de la salle. Des stations interactives permettent également de prolonger la programmation. À chaque fois, une médiation adaptée permet d’accompagner les œuvres.

Ce faisant, la réalité virtuelle sort des festivals et des musées pour investir huit lieux culturels dont le Cube à Garges-lès-Gonesses, L’Arche à Villerupt, le Cinéma Lux à Caen ou encore Le Concorde à La Roche-sur-Yon. Pour sa première saison, Traverse proposera 3 programmes diffusés pendant 2 mois chacun. C’est donc Artou qui ouvre le bal, accompagné de L’île des morts de Benjamin Nuel.
En parallèle, les stations interactives permettront de découvrir deux incontournables du format immersif : Gloomy Eyes de Fernando Maldonado et Jorge Tereso et Empereur de Marion Burger et Ilan Cohen. De quoi rendre la réalité virtuelle simple, accessible… et sans aucun doute addictive !

À lire aussi :
- Une rétrospective dédiée à Abderrahmane Issako au Festival de La Roche-sur-Yon 2026.
- L’île des morts de Benjamin Nuel, primé à Entrevues, à Belfort, en 2018.


