Damien et les métamorphoses
La filmographie de Damien Odoul est l’une des plus secrètes et des plus inclassables de tout le cinéma français contemporain, depuis des trois décennies, et même davantage. Une rétrospective lui sera dédiée du 21 au 29 octobre à la Cinémathèque française. Et le lundi 26, une séance de courts métrages réunira 11 titres réalisés entre 1988 et 2025.
Les cinéphiles avaient découvert Damien Odoul avec Le souffle, doublement primé à Venise en 2000 et distribué alors par MK2, qui en faisait l’un de ses nouveaux poulains au sein des nouvelles générations du cinéma français version millenium.
Errance, en 2003, confirmait toute sa personnalité, alors que le jeune réalisateur, alors âgé de trente-cinq ans, dirigeait rien moins que Laetitia Casta et Benoît Magimel, dans un film très personnel et même autobiographique, tourné dans son (étouffante) ville natale du Puy-en-Velay.

Mais le lascar était sans doute trop indépendant et en perpétuelle recherche (formelle, politique, personnelle) pour se lancer sur les rails d’une carrière classique qui l’aurait fait enchaîner les projets et son chemin aura été plus buissonnier au final, avec des films de tous les formats – courts ou longs alternés – et visitant les territoires de la fiction, du documentaire et même de l’expérimental, avec toujours des reconnaissances ponctuelles tandis qu’on l’avait parfois un peu oublié, pour être honnête – voir le Prix Jean-Vigo obtenu en 2015 pour La peur, qui se déroule pendant la Première Guerre mondiale (photo ci-dessus).

Plus récemment, Damien Odoul avait refait un long, qui apparaît comme la quintessence de son cinéma et de ses préoccupations/obsessions, Théo et les métamorphoses (photo ci-dessus). Il sera d’ailleurs projeté, le mercredi 21 à 20h, en ouverture du cycle que lui consacre la Cinémathèque française et dont il accompagnera toutes les séances, avec des invité(e)s de son choix.
Toujours dans les années 2020, fort récemment, il est revenu au court à travers Cet enfant-là (photo de bandeau), également libre et furetant sur des sentiers tout sauf battus, en une fugue poétique et intimiste intégrant un élément nouveau, lié à l’époque, celui du climat et de ses bouleversements. Avec une fois encore l’enfance et son regard propre en filigrane.

Il faut dire que Damien Odoul n’avait plus tourné de court depuis longtemps – il s’agissait d’Anima, œuvre d’art vidéo ou quasi, en 2006. Mais c’était auparavant un grand habitué du format, qui s’était distingué dès 1991 à Clermont-Ferrand avec un Prix spécial du jury obtenu pour À l’ouest de l’Orient (photo ci-dessus). À l’âge de vingt-trois ans seulement, donc. Ce film figurera naturellement dans la séance de courts proposée le lundi 26 à 18h30, avec dix autres, dont le tout premier, La douce (1988), qui se déroulait pour sa part à la période de l’Occupation.
On pourra voir également TOB (Tête d’Œuf Bouilli), qui date de 1994 et affirme un style personnel singulier, énergique et burlesque, déjà sans concession. Style qui s’affirma du reste alors dans un premier long métrage intitulé Morasseix, diffusé sur Arte et sorti en salles seulement douze ans plus tard, en 2006, avec son auteur présent des deux côtés de la caméra (comme dans d’autres courts montrés le 26, tels Sans monde – photo ci-dessous – et Magik, autre œuvres du début du siècle).

On citera aussi un film réalisé pour les Talents Cannes de l’Adami en 2002, Le joug, avec une Alice Taglioni alors débutante, et qui dénote radicalement de l’image qu’on peut avoir de ces annuels films de commande, dans le traitement en noir et blanc brut et le motif central, osé et à rapporter à son époque de production, particulièrement du point de vue de la nôtre !
Surtout, on aime beaucoup Le temps des transhumances, court métrage documentaire de 2011 entraînant dans la ruralité corrézienne et que le réalisateur présenta comme une réponse en réaction aux Profils paysans de Raymond Depardon – on vous laisse juger lors de la séance programmée le jeudi 29 à 18h30 rue de Bercy, où sera également visible l’un des premiers films du cinéaste, Tchécoslovaquie 68/69.
Précisons aussi qu’une leçon de cinéma sera prodiguée en deux temps par l’intéressé, les samedi 24 et dimanche 25 à 15h, animée par notre collaborateur régulier Bernard Payen. Tout le programme du cycle est à retrouver ici.
À lire aussi :
- Cet enfant-là, de Damien Odoul, présenté à Côté court en 2026.


