Festivals 03/02/2021

Clermont 2021, compétition nationale F5 : À propos de Lanzarote en général et de Michel Houellebecq en particulier de Vincent Trincon

Au sein d’un programme F5 plutôt riche et à l’attirance documentaire affirmée, une curieuse fiction expérimentale a tout particulièrement retenu notre attention.

Vincent Tricon a trouvé un excellent moyen d’exploiter ses vidéos de vacances : les attribuer à une célébrité, et construire autour d’elles un récit malicieux et singulier qui joue à la fois sur les codes du film de montage et de la rencontre amoureuse. C’est tout au moins ainsi qu’il présente l’idée de ce court métrage au titre faussement programmatique qui nous amène sur les traces de l’écrivain Michel Houellebecq, venu en vacances à Lanzarote en 1999, et s’étant pour l’occasion improvisé vidéaste. Ses images, qui forment le cœur du film, sont celles d’un touriste presque comme les autres : la piscine de l’hôtel, les vagues, le désert de roches… La seule chose qui les distingue, ce sont les propos en off de celui qui les filme, tantôt décalés ou incisifs. Filmant des promeneurs assis sur des sièges suspendus de part et d’autres de chameaux, il commente, lapidaire : “L’humanité moyenne”. Plus loin, il s’extasie : “Avec les mouvements de lumière, on a l’impression qu’une vérité va apparaître…”.
 
Le prétexte à la redécouverte de ces images, qui nous parviennent presque par hasard vingt ans après avoir été tournées, est celui d’une rencontre : en vacances à Lanzarote, la narratrice elle aussi fait la connaissance de Jackie, une insulaire qui a bien connu l’écrivain. Ils ont même vécu une grande histoire d’amour et c’est elle qui est la dépositaire de ces souvenirs vidéos. On découvre ainsi par petites touches un Houellebecq intime dont on devine en filigrane des facettes inconnues : curieux, apaisé, et même joyeux. “Le bonheur fatigue, en fait…”, remarque-t-il. Celui qui est devenu une icône moderne apparaît comme un homme ordinaire et proche de nous, qui aspire au fond à la même chose que tout le monde : être heureux.


 
Le film interroge cette “possibilité du bonheur” sans en livrer les secrets. Le soleil, les paysages spectaculaires, l’amour, en dessinent une carte sensible, mêlant les images de l’écrivain à celles de Google Maps, le passé au présent, la promesse des jours heureux à la mélancolie des regrets. Vincent Tricon construit ainsi de toutes pièces une réalité pluridimensionnelle, jouant à la fois sur l’humour et l’ironie des situations et sur les échos qu’elles provoquent chez le spectateur, faisant le grand écart entre cette quête un peu naïve et quasi inavouable du bonheur – matérialisé par des ingrédients presque kitsch (le soleil, la plage, une aventure de vacances) – et une vision plus intellectuelle de l’existence : distanciée, introspective et lucide. Comme si à travers le personnage symbolique de Michel Houellebecq, c’était deux aspirations opposées qui se réconciliaient, le temps d’une parenthèse enchantée paradoxalement à la limite de la banalité.

Marie-Pauline Mollaret

À propos de Lanzarote en général et de Michel Houellebecq en particulier
France / 2020 / Fiction expérimentale / 15’
Réalisation, scénario, image et montage : Vincent Tricon. Son : Antoine Morin. Musique : Camille Delvecchio. Voix : Anna Buy. Production : Barney Productions.

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