Festivals 05/02/2021

Clermont 2021, compétition nationale F3 : Juste à Nantes de Marjolaine Grandjean

Au sein d’un fort riche programme comprenant les derniers films de Bastien Dubois (au sommaire de Bref 126) et d’Adriano Valerio, revenons sur cet enthousiasmant moyen métrage déjà vu à Côté court en juin 2020 : Juste à Nantes.

Évoquant Antoine Doinel les pieds dans l’eau et le regard fixé sur la caméra à la fin des Quatre cents coups, Juste à Nantes se termine par un long plan fixe de son héroïne, Héléna. Moment suspendu au cours duquel le spectateur regarde son visage une dernière fois, prend le temps de l’observer, de se demander ce qu’elle a vécu au cours de cette folle journée.

Ramassé sur un peu moins de vingt-quatre heures, le film emboîte une temporalité plus longue qui est celle de la fin d’une histoire d’amour dont on n’apprendra rien. Matthieu, qu’Héléna poursuit, est déjà presque un fantôme, un souvenir, qui ne répond plus, n’apparaît presque pas, ne ressent rien comme il le dit lui même. Est-ce à cette histoire évanouie que pense Héléna les pieds dans l’eau ? Ou à ce qu’elle a appris de sa rupture ? Notamment dans sa rencontre avec Claude, trop vieux pour traîner avec cette jeune fille de dix-huit ans et sa bande de copines. Mais aussi trop gentil, trop malhabile, qui la prend en stop sur la route et qu’elle entraîne partout au cours de sa soirée. L’intelligence de la cinéaste est de ne jamais le réduire à un stéréotype, de lui donner à chaque nouvelle scène l’opportunité de surprendre le spectateur.

Là où nous nous imaginons que des gestes déplacés et des rapports de pouvoir vont survenir de la part de l’homme ou du groupe de filles, la candeur volontaire d’Helena nous coupe l’herbe sous le pied. Claude n’est pas le prédateur que l’on redoute, ni la victime facile des jeunes filles qui pourraient le manipuler. Il n’est pas le solitaire qu’on pourrait croire. Comme la voiture du quadragénaire fait des arrêts imprévus ou des détours inopinés, la trajectoire du film est faite de coups de volants, de bifurcations inattendues. Le plan final de solitude prend toute son importance dans le parcours d’Héléna qui s’assemble dans toutes les configurations sociales imaginables : en famille, seule, dans la rencontre avec un inconnu, en couple avec Matthieu, en groupe avec ses copines. Délestée du poids de son chagrin amoureux, elle s’ouvre totalement à l’inconnu.

Raphaëlle Pireyre


Juste à Nantes

France / 2020 / Fiction / 39’
Réalisation, scénario et montage : Marjolaine Grandjean. Image : Cécile Bodénès. Son : Stéphane Gessat, Josefina Rodriguez et Roman Dymny. Musique : David Tuil. Interprétation : Inès Leluel, Arnaud Gautier, Sarah Bouvet Brunel, Margot Launay, Amélie Lacomère et Baptiste Meillier. Production : LM filmer et Le Fresnoy.

À lire aussi :

- Princesses de Margaux Elouagari, autre virée entre filles en compétition clermontoise en 2021.