Festivals 01/02/2021

Clermont 2021, compétition nationale F11 : Ourse de Nicolas Birkenstock

Un retour au court métrage, c’est ce que promet la séance F11 de la compétition nationale 2021, à travers le dernier film de Nicolas Birkenstock, produit par TS Productions.

C’est l’histoire d’un visage. Celui du personnage éponyme, Ourse, laissant échapper une larme en observant une éclipse de lune, un soir, avec ses camarades de classe. Le spectacle si rare d’une lune de sang, rappelée presque aussitôt par les contours de son œil inquiet, étudié par le médecin qu’elle consulte pour ses crises de somnambulisme. Et Ourse, le film, va raconter l’histoire de cette larme, la mélancolie d’une lycéenne qui traverse mystérieusement les bois quand la nuit vient.

Par son angoisse de réussir son bac blanc, ou le deuil de son père qu’elle porte encore en elle, Ourse est un personnage proche de ceux que Nicolas Birkenstock a développé dans ses précédents films. Dans Le bout des doigts (2002), un jeune garçon était obsédé par le poème qu’il devait apprendre par cœur pour la fête de l’école ; dans Mon miroir (2007), un frère et une sœur se retrouvaient à l’occasion de la mort de leur mère. On pense aussi au premier long métrage du cinéaste, La pièce manquante (2013), qui racontait quelles conséquences la disparition d’une mère avait sur le reste de la famille. Ces films précédents, qui nous ont habitués à entrer dans l’intériorité de personnages intranquilles, constituent le terreau de cet Ourse.

Pour son retour en compétition au Festival de Clermont-Ferrand, dix-sept ans après son court le plus connu, Pépins noirs (2004), ce cinéaste sensible et discret choisit de mêler avec audace les codes du “teenage movie” et ceux du film fantastique tout en abordant avec pudeur l’expression de l’absence. Ourse est un film de réminiscences, à tous points de vue : l’héroïne se reconnecte à son père disparu, tout comme le cinéaste invoque, mine de rien, quelques signaux d’un spectre large d’une cinéphilie américaine, de Rencontres du troisième type (pour ce plan magnifique des adolescents devant la lune ou la lueur extraterrestre dans les bois) au film fantastique tendance found footage des années 2000 (avec l’utilisation de la GoPro).

Ourse est de ces films qui font appel à la croyance du spectateur, à ce lien énigmatique qui unit le cinéma et la spiritualité. À l’instar de ce papillon blanc qui se posait sur le visage du jeune Martin à la toute fin du Bout des doigts, Nicolas Birkenstock opte pour la poésie et le conte, distillant dans sa mise en scène quelques plans fascinants (un arbre gigantesque caressé par le vent devant la voute céleste, un train filant dans la nuit aux côtés de deux corps endormis). La photo de Pascale Marin oscille entre bleu, rouge et or, faisant décoller le film vers un onirisme délicat.

L’étrangeté du film s’incarne aussi à travers Armande Boulanger, l’Ourse du film. Découverte dans La pièce manquante, elle est de ces actrices mystérieuses qui, par un sourire ou un regard, épaississent un rôle pour le rendre profond et universel. Plus largement, le casting du film brille par sa justesse pour incarner des figures archétypales du teen movie (Éliès Bachta en meilleur ami, Swann Birkenstock en “meilleur ennemi” ou encore la mère : Aude Ruyter) ou apporter quelques touches de fantaisie à travers des figures de profs (Nicolas Dégremont, Alizée Thurneyssen).

Bernard Payen

Ourse
France / 2020 / Fiction / 27’
Réalisation : Nicolas Birkenstock. Scénario : Nicolas Birkenstock et Jonathan Collinet. Image : Pascale Marin. Montage : Floriane Allier. Son : Olivier Dandré et Mathieu Desnos. Musique : David Trescos. Interprétation : Armande Boulanger, Éliès Bachta, Swann Birkenstock, Aude Ruyter, Alizée Thurneyssen et Nicolas Dégremont. Production : TS Productions.