Festivals 03/02/2021

Clermont 2021, compétition nationale F10 : Le départ de Saïd Hamich Benlarbi

Bien connu comme producteur, Saïd Hamich Benlarbi signe finalement son premier court métrage, ayant commencé comme réalisateur avec un long, Retour à Bollène. Le départ, qu’il propose en F10, nous a émerveillés.

Les plans sont simples et beaux. Une mère et son fils, en bord de mer, un ciel gris, un vent puissant. Saïd Hamich raconte avec concision un attachement très fort, universel. La mère prend son fils dans ses bras, mais l’image est vivement coupée par un plan de mer où s’affiche le titre : Le départ. Dans ce plan, suivi de cette coupe, réside le ton du film. Autrement dit une émotion extrêmement vive peut très vite saisir le spectateur, sans que cela ne s’apparente à du pathos, à quelque chose de trop facile, qui va durer et se complaire.

Dans ce film, très découpé, Saïd Hamich fabrique de la mélancolie. Autrement dit, l’ensemble des souvenirs d’un été 2004 vécus par Adil, l’enfant du film, resteront gravés en lui à jamais après son départ pour la France où il va désormais vivre avec son père et son frère. Séparé de sa mère, de ses potes, de son Maroc natal.

Tous ces jeux partagés avec ses copains du matin au soir, l’admiration portée à Hicham El Guerrouj, ce légendaire athlète marocain médaillé d’or aux J.O. d’Athènes, ce soleil qui file à travers les arbres, cet abandon éphémère en flottant dans l’eau d’une piscine tout en regardant le ciel nuageux, les derniers instants passés cet été-là avec ses proches, sa mère : chacune de ces sensations captées par la caméra attentive de Marine Atlan, soutenues par la musique du jeune pianiste brésilien Vitor Araújo, infusera la personnalité d’Adil jusqu’à la fin de sa vie.



Rien ne sera plus comme avant. Ce départ marquera une césure intime marquante. Saïd Hamich filme la dureté de cette séparation avec une grande douceur, à hauteur de gamin. Nous suivons le point de vue intérieur d’Adil, hormis lors d’une brève séquence au cours de laquelle la mère, d’une dignité incroyable, officialise le départ imminent de son fils (“Je cède entièrement à mon ex-mari tous les droits parentaux relatifs à la garde de mon enfant.”), nous rappelant que Le départ est aussi son histoire à elle. Et la douleur partagée.

Producteur depuis plusieurs années (au sein de Barney Productions), Saïd Hamich Benlarbi est devenu cinéaste, qui a su transformer le politique en une affaire sensible et poétique. Dans son long métrage Retour à Bollène (sorti en salles en 2018), qui suivait le délicat retour d’un jeune homme dans la ville où il avait grandi, il transformait une matière autobiographique en un film très personnel, tout comme ce Départ au titre ambigü, figurant la fin et le début d’un cycle.

Bernard Payen 

Le départ
France, Maroc / 2020 / Fiction / 25’
Réalisation et scénario : Saïd Hamich Benlarbi. Image : Marine Atlan. Montage : Xavier Sirven. Son : Hugo Deguillard. Musique : Vitor Araújo. Interprétation : Aymane Rachdane, Fatima Attif, Younes El Khalfaoui, Abderrazak El Hansaly et Jassim Lotfi. Production : Barney Productions et Mont Fleuri Productions.

À lire aussi :

- À propos de Retour à Bollène.

- Le départ, récompensé au FIFIB 2020 pour sa musique originale.