Festivals 02/02/2021

Clermont 2021, compétition nationale F1 : Abada de Jean-Benoît Ugeux

Premier film de la première séance proposée en nationale, le nouveau film de “JBU” confirme tout le bien que l’on pense aussi de lui comme réalisateur, alors même que, bonne nouvelle, La musique arrivera sur Brefcinema dès la semaine prochaine !

Le lien père-fils est au cœur de l’œuvre de réalisateur de Jean-Benoît Ugeux. Un sillon qu’il creuse à nouveau dans Abada. Un paternel et son fiston cohabitent le temps du film, et tentent de renouer un lien distendu, de combler des manques. C’est un ballet du chat et de la souris dans les dialogues, entre l’aîné plus évasif et le cadet plus frontal. Ce regard sur la tentative de reconstruction d’une relation, mise à mal par le vécu partagé insatisfaisant, est émouvant. Une émotion ténue, car jamais dans le chantage au pathos ni dans la surcharge. La mise en scène est directe, et l’entrée dans le récit se fait au cœur d’une conversation entre les deux hommes, dans un café. Comme par effraction, le spectateur débarque en plan fixe sur le garçon, au son off du papa, avant de découvrir ce dernier en contre-champ. Simple, mais percutant. Les discussions louvoient au long de sujets divers, mais, comme toujours, en racontent beaucoup.

La pudeur transpire de chaque scène. La gêne de parler du cœur des enjeux pour le père, les pauses entre les lancements de débat pour le fils. Tout est question de point de vue dans le relationnel et le passé commun. C’est ce dont les protagonistes font les frais au gré de leurs échanges. C’est aussi ce que construit le cinéaste, en cadrant les deux corps dans le même plan, dans la rue, dans les logements Airbnb géré par le paternel, en voiture, au parc, sur un canapé ou en terrasse. Les deux gars traversent ensemble l’espace, les lieux, les situations, et partagent des expériences, que chacun vit à sa manière. Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent être au premier coup d’œil. Le règlement de comptes n’en est finalement pas un. Un livre s’avère renfermer un pilulier. Le cancer est-il vraiment là ? La communauté d’il y a trente ans était-elle vraiment insupportable ? La fameuse “Abada”.

Dans la peau des héros, Douglas Grauwels et Pierre Sartenaer excellent. Sans air de famille évident, ils réussissent, sous l’objectif d’Ugeux, à faire croire à l’affiliation génétique. Sans rien dire, en écoutant simplement, à distance de la caméra, un air d’opéra, ils installent la réalité d’un instant de réunion. Banal, mais finalement chargé de symbole. Car c’est Una furtiva lagrima par Caruso, tiré de L’élixir d’amour de Donizetti, que l’on entend. “Une larme furtive”, à l’image de ce court sensible dans sa concrétude, qui désacralise le poids officiel, justement, en faisant chanter à ses hommes Le zizi de Pierre Perret, après avoir apprécié un grand classique. Concret aussi comme le dernier échange, où le fils évoque l’invisibilité des bébés pigeons. Ils sont finalement bien visibles eux deux, sous la lumière de Carpentras. Et le lien qui les unit aussi.

Olivier Pélisson

Abada
France, Belgique / 2020 / Fiction / 14’
Réalisation et scénario : Jean-Benoît Ugeux. Image : Florian Berutti. Montage : Jeanne Plassier. Son : Elton Rabineau. Musique : David Atriau. Interprétation : Douglas Grauwels et Pierre Sartenaer. Production : Origine Films et Apoptose.

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- Un entretien avec le réalisateur dans Bref n°126, à se procurer sur notre boutique en ligne ou en s’abonnant.