En salles 21/08/2026

Nous n’irons pas tous au paradis

En salles cette semaine, le premier long métrage du Canadien Jérémy Comte, Paradise, est une bonne surprise, qui confirme le talent de son réalisateur après son court à succès Fauve.

Sans se renseigner au préalable sur le pitch de ce Paradise et en s’en tenant à son titre, on pourrait imaginer s’embarquer dans une énième histoire de tentative de migration d’Afrique vers la terre promise prétendue de l’Europe – ce que les premières séquences du film pourraient d’ailleurs laisser supposer – et ce vivier d’inspiration demeure utile, ne nous méprenons pas. Mais l’angle avec lequel Jérémy Comte choisit d’observer le monde et les rapports Nord/Sud se décale et se complexifie à la faveur d’une narration sur deux continents, usant du montage alterné, où les destins de plusieurs personnages se mettent à converger et où un puzzle se reconstitue peu à peu.

La démarche artistique est habile et incontestablement pertinente, mettant en écho un jeune homme spécialisé dans les arnaques amoureuses en ligne – non pas parmi les célèbres “brouteurs” d’Abidjan, mais dans le pays voisin, le Ghana (capitale : Accra) – et une quadragénaire québécoise en quête de romance, avec entre les deux Tony, le fils adolescent de cette dernière, qui ne connaît pas l’identité de son père et reste que le qui-vive pour saisir la moindre piste pour avancer sur le sujet.

Kojo, le Don Juan africain virtuel, qui invente un personnage de capitaine de navire US échoué, a lui-même connu un trauma en perdant en mer le sien, de père, ce qui trace en filigrane un rapport troublant entre ces jeunes gens étrangers l’un à l’autre et que les événements vont “rapprocher”, de façon brutale et implacable, au gré des rebondissements.

La cruauté et la dureté, jamais gratuites, de Fauve, ce court métrage de Comte ayant fait le tour du monde des festivals (nommé aux Oscars et qui fut diffusé en 2019 sur notre plateforme), trouve un reflet évident dans ce premier long présenté à la Berlinale (en parnorama), très différent et pleinement ancré dans la réalité de la mondialisation 2.0, où la complexité des espoirs et des comportements n’est jamais escamotée dans l’écriture et dans le traitement narratif. D’un côté à l’autre de l’Atlantique, le paradis attendu n’est que chimère, cette piqure de rappel est douloureuse, mais la fable proposée par le réalisateur, âgé de trente-cinq ans, sait prendre la hauteur nécessaire, et paradoxalement volontiers poétique. Une vraie réussite, donc, qu’il serait dommage de rater.

Christophe Chauville

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