Le feu sous la glace : "Kiss & Cry"
Mercredi 20 septembre est le jour de sortie de "Kiss & Cry", présenté à Cannes en mai dernier au sein de la sélection de l’Acid. Et le moyen métrage "Boucle piqué" de Chloé Mahieu et Lila Pinell, son duo de réalisatrices, va être mis en ligne sur notre site pour l’occasion.
Un coup d’œil superficiel et paresseux pourrait faire de Boucle piqué, le moyen métrage qui précéda Kiss & Cry, une esquisse, un brouillon du long qui arrive aujourd’hui en salles. Il n’en est rien, au contraire, tant, d’une part, les deux films sont complémentaires et tant, d’autre part, les défauts mineurs de Kiss & Cry rehaussent encore d’un cran l’intérêt que l’on porta il y a trois ans à Boucle piqué. Expliquons-nous. Si le cadre et le propos sont les mêmes d’un film à l’autre (des jeunes filles de Colmar s’entraînent pour une compétition de patinage artistique), de nombreux détails les distinguent.
C’est avant tout une affaire de ton. Si la dureté n’était pas absente de Boucle piqué – à travers la figure de l’entraîneur autoritaire, vachard et haut en couleurs que l’on retrouve avec plaisir dans le long –, le film frappait surtout par sa candeur, son enthousiasme juvénile redoublé par une bande-son formidable (on ne s’est pas remis de son utilisation d’Agitation de Christophe dans la dernière séquence). Il marqua aussi par sa manière de capter le quotidien de pré-adolescentes partagées entre leurs rêves de strass et leur inclinaison à faire les quatre cents coups. Le cadre de Boucle piqué était celui d’un stage estival en vue de compétitions régionales quand celui de Kiss & Cry est étalé sur l’année scolaire, en vue des championnats de France. Bref, ça ne rigole plus et l’humeur de Kiss & Cry s’en ressent.
Surtout, ces jeunes filles avaient onze ou douze ans dans Boucle piqué, quand les protagonistes de Kiss & Cry ont quelques années de plus, enclines à se rebeller, à ne plus accepter la stricte discipline qu’on leur impose. Et, d’un point de vue narratif, cela change tout. Dans Boucle piqué, on sortait tout doucement de l’enfance, dans Kiss & Cry, on est de plain-pied dans l’adolescence, le film incorporant du coup, à côté du patinage, les questionnements sentimentaux ou sexuels qui font la matière un rien convenue de tant de premiers films français.
C’est pourtant le louable pari de Chloé Mahieu et Lila Pinell que de greffer à l’habituelle part de réel de leur cinéma (elles ont réalisé ensemble plusieurs documentaires audiovisuels, dont Nos fiançailles, sur un couple de jeunes catholiques intégristes) une fine trame de fiction et d’inviter au milieu d’amateurs une actrice professionnelle en la personne de Dinara Droukarova. Mais sur ce plan, le film convainc moyennement, comme pris dans les figures obligées du récit d’initiation (la famille, les rivalités amoureuses, le questionnement identitaire), quand Boucle piqué, paradoxalement plus affirmé, ne s’encombrait pas de telles béquilles, faisant confiance à ses jeunes protagonistes (de belles scènes de chambrée prises sur le vif) et à la réelle beauté des gestes de la captation sportive.
Stéphane Kahn
Filmographie courts métrages de Chloé Mahieu et Lila Pinell
Nos fiançailles (2011, doc, 52 min)
Des troubles dans le genre (2014, doc, 52 min)
Boucle piqué (2014, doc, 41 min)
Business Club (2015, doc, 58 min)


