DVD 31/10/2026

Rak, de Charles Belmont, exhumé de l’oubli

La filmographie de Charles Belmont demeure mal connue dans l’histoire du cinéma français, mais la progressive édition en DVD de ses films en ressuscite toutes les qualités, comme dans ce surprenant film, engagé et solaire, datant de 1972.

“Rak” signifie cancer en russe. Soit le motif repoussoir par excellence au cinéma, dans les années 1970 tout autant qu’aujourd’hui. Pourtant, des cinéastes s’y sont confronté(e)s – citons par exemple Yannick Bellon à travers L’amour nu (1981), Michel Drach avec Sauve-toi Lola (1986) ou plus récemment Pauline Loquès (Nino) ou Alice Winocour (Coutures).

Charles Belmont (1936-2011) l’avait abordé pour sa part sur une tonalité délibérément éloignée du tragique, choisissant de célébrer la vie, celles des dernières semaines passées par une mère et son fils, en donnant une densité unique et inédite à leur relation, dans le huis-clos d’un appartement parisien et au gré de rares sorties, comme un verre pris en terrasse sur les Champs-Élysées (sacrément différents au début des Seventies de ce qu’ils sont devenus…).

Rak célèbre donc la vie, le rire, l’imprévu, les petires épiphanies et les grimaces faites à la maladie (voir la séquence des derniers moments). Il brocarde aussi les manquements de l’institution médicale de l’époque, qui ne s’embarrassait pas de tenter de soigner les malades ayant passé un “certain âge” (un morceau de dialogue hallucinant voir un personnage dire de sa femme condamnée : “Quarante ans, c’est quand même jeune, même pour une femme”…) Autre temps, autres mentalités, mais une vraie fougue dans l’indignation fougueuse du cinéaste et dans celle de son personnage masculin, David, à qui Sami Frey apporte toute sa virtuosité – le film date de la même année que le classique de Claude Sautet César et Rosalie, dans lequel l’acteur se prénomme également David…

La mère – dont on ne saura en revanche jamais le prénom – n’a aucune chance de s’en sortir (le foie…) et son fils l’accompagne pour tenter de lui donner les meilleurs instants de sa vie, qu’elle n’a pas eu toujours facile depuis son départ de Russie (d’où le “rak” du titre). Lila Kedrova l’incarne avec grandeur, elle qui est aussi plutôt oubliée de nos jours, ayant pourtant remporté un Oscar (celui du meilleur second rôle féminin) pour Zorba le grec en 1965.

Toujours au chapitre de la réhabilitation patrimoniale, le seul court métrage de Charles Belmont, Un fratricide, est proposé en bonus de cette édition DVD.

Réalisé en 1967 selon le digipack de cette édition, mais plus sûrement en 1965 (son numéro de visa date du 31 décembre de cette année-là), il adapte une nouvelle de Franz Kafka et flirte avec le fantastique, relatant un meurtre de sang froid en noir et blanc, dans un quasi dénuement de paroles et avec le danseur Jean Babilée. D’autres suppléments conséquents sont proposés, notamment une interview d’Anne Deleuze, qui joue la (très jolie) fiancée de David/Sami Frey dans Rak.

Christophe Chauville

Rak de Charles Belmont, DVD, L’Éclaireur/Doriane Films, 16 euros.
Disponible depuis le 1er octobre 2026.

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- Une autre édition DVD récente de Doriane Films : Paris Animation Contest 2026.