Cahier critique 04/06/2025

"Vambora" de Laurier Fourniau

Rio de Janeiro, septembre 2022. Alors que le Brésil se déchire à l’approche des élections, Amanda convoque Cauã pour un mystérieux entretien.

Vambora, que l’on peut traduire en portugais par “Allez, viens (on y verra un double sens sexuel), est un film sur le désir. D’enfant et de monde nouveau. Sur les hauteurs de Rio de Janeiro, le tumulte des rues monte comme une fièvre : en septembre 2022, les élections présidentielles secouent le Brésil. Le peuple gronde, scande, espère. On le voit directement filmé pour ouvrir le film, et on l’entendra seulement par la suite, depuis l’appartement qui servira de lieu unique. En surplomb de ce vacarme, un appartement feutré, presque aseptisé, suspendu à flanc de colline. Une femme masquée – visage blanc, lisse et spectral, comme échappé des Yeux sans visage de Georges Franju – reçoit un homme. Elle l’ausculte comme on inspecte un bien de consommation : allergies, dents, forme physique, addictions. C’est un entretien d’une nature étrange. Et si sa nature est d’abord floue, on comprend vite qu’il s'agit d’une audition pour procréer.

Dans son huis clos, Laurier Fourniau orchestre une partition à la fois drôle et inquiète, où le désir ne circule plus, contaminé par les gestes techniques et les formules cliniques. Derrière le protocole, il faut faire naître l’inopiné, la tension sexuelle. Il faut chercher ce qui déraille, ce qui échappe au programme. Même le masque tombé, les peaux ne vibrent pas. Le coït est toujours différé, interrompu, les amants d’un jour ayant été refroidis devant une telle rigueur d’application, puis par une voisine venue toquer à la porte pour signaler un dégât des eaux. Du médical vers le sensuel, le couple se découvre peu à peu malgré lui, notamment grâce à un passage lu d’une poétesse brésilienne, Hilda Hilst, qui clame vouloir faire l’amour une dernière fois, “avant que sa chair ne se liquéfie en sang”.

Avec une grande clarté, le huis clos laisse ainsi s’infiltrer le monde. Des cris populaires anti-Bolsonaro, le président sortant d’extrême-droite, montent par la fenêtre ouverte. Même après l’étreinte, c’est la première discussion que les protagonistes auront, avec cette peur soudaine d’avoir couché avec un “facho de merde”. Elle, elle veut un enfant. Et elle dit que son corps le réclame, mais n’a personne dans sa vie. Lui dit qu'il n’en veut pas, que le monde est trop pourri. À travers ces deux solitudes, Vambora interroge non seulement un désir de parentalité remodelé, mais surtout l’émergence du désir comme ultime rempart contre la violence sociale.

Arnaud Hallet

Réalisation, image et monatge : Laurier Fourniau. Scénario : Laurier Fourniau et Valentin O’Quin. Son : Arthur Moget et Enzo Tibi. Musique originale : Laurier Fourniau et Slow Jane. Interprétation : Camila Guerra, Italo Villani et Clarisse Johansson. Production : Paraiso Production et Kinomaï Films.