“Mieux que les rois et la gloire” de Guillaume Senez
Alors qu’il tente de reconstruire une relation avec son fils, un père est victime d’un incident qui remet en question tout ce qu’il a fait.
Toujours à hauteur d’hommes, Mieux que les rois et la gloire (2020) est une sorte de spin-off de Nos batailles (2018), le dernier très beau long métrage de Guillaume Senez. Il en serait son appendice, réduit à une plus simple expression : l’excursion de la tristesse d’un homme. Celle d’un père (joué par Lazare Gousseau, vraiment pas loin de Romain Duris dans l’écriture et alter-ego du cinéaste), tout aussi dépassé par les événements de la vie qui semble avancer sans lui. Chaque micro-événement est une souffrance possible.
Accompagnant son fils disputer un match de foot lors de son tour de garde alternée, le père tente de lui inculquer les valeurs de la sportivité : “La combativité, c’est le combat mais sans agressivité”. Surgit alors un événement qui viendra mettre à mal cette figure paternelle soudain violentée : la remise en cause de l’autorité. Le titre du film est l’avant-dernier vers du poème le plus connu de Rudyard Kipling Tu seras un homme, mon fils, qui serait une liste des choses vertueuses à accomplir pour devenir un homme (comprendre : devenir grand). Film et poème ont ceci en commun de vouloir magnifier la droiture, comme deux lettres adressées à un enfant de dix ans qui se recoupent avec une idée commune de la tragédie familiale : l’échec d’un père vis-à-vis de son fils. À ce titre, la dernière séquence du film est sublime. Elle est une scène typique (du divorce et du cinéma), mais elle intervient après le voyage d’une tristesse illimitée. L’absence d’un père n’est pas expliquée : elle est vécue, comprise, étalée, dans un plan de cinéma qui a tout pour être simplement anodin et qui trouve une ampleur nouvelle.
Le film progresse ainsi vers l’inéluctable séparation des uns et des autres, le lot de la communauté humaine selon Guillaume Senez qui poursuit son étude des foyers à l’équilibre rompu, alors qu’une force sociale, directe ou indirecte, pèse sur les membres qui la composent. Mieux que les rois et la gloire a deux motifs récurrents : la demande inlassable des “bisous” des parents à leur fils et la recherche d’assurance d’un père livré à la seule bataille de l’existence. C’est précisément entre ces deux lignes que le film se joue, dans l’expression d’une tendresse mal employée. Elle tient tout entière dans le film, avec justesse, toujours sur la brèche, pour dessiner les contours d’une grande solitude et, chose essentielle, d’un grand secret. La résolution cinématographie est ainsi parfaitement claire : aux enfants de jouer !
Arnaud Hallet
Belgique, 2020, 14 minutes.
Réalisation : Guillaume Senez. Scénario : Guillaume Senez et Franck Morand. Image : Jérémy Tondeur. Montage : Julie Brenta. Son : Fabrice Osinki, Sabrina Calmels et Franco Piscopo. Interprétation : Lazare Gousseau, Lohen Van Houtte, Maialen Arrano, Claude Schmitz, Vincent Sorgana et Brigitta Skarpalezos. Production : Angie Productions et Hélicotronc.


