Cahier critique 27/03/2019

“Méditerranées” d’Olivier Py

“Au fond, quelque chose souffre dès l’enfance qui ne peut être rien d’autre que l’héritage d’une guerre et le désarroi de mon père.” (Olivier Py).

On rencontre parfois des films dont il est opportun de connaître la genèse pour pouvoir en saisir toute la nécessité. Figure très  estimée du théâtre, Olivier Py n’avait jusqu’alors réalisé pour l’écran qu’une fiction longue (Les yeux fermés, pour Arte, en 2000) et s’est attelé à la réalisation de ce premier court métrage après avoir retrouvé chez son père des bobines de 8 mm, supports de films de famille qu’il n’avait pas vus depuis trente-cinq ans (certains lui étant même restés parfaitement inconnus).
Sa réaction en les redécouvrant a été évidemment différente de ses souvenirs, et l’intention d’en faire un film a mûri, menant à une véritable quête des origines, puisque les images – à la belle facture des pellicules Kodak des années 1960 – montrent la famille du cinéaste entre 1961, date à laquelle sa mère fait l’acquisition de la caméra, et 1974, alors qu’Olivier Py a presque dix ans et qu’il se voit confier l’appareil. Cette famille de pieds-noirs a traversé la Méditerranée lors de l’indépendance de l’Algérie et s’est ins-tallée en métropole, ce qui donne à la nature intime de ces séquences une belle universalité, retraçant en filigrane l’histoire d’une génération, sinon d’un pays et même d’une identité qui, vieille de plusieurs millénaires, est attachée à la Méditerranée, envisagée non seulement comme une donnée géographique mais aussi comme un concept.

Olivier Py a écrit et assure lui-même le commentaire en voix off, tantôt empreint d’une neutralité documentaire, tantôt lyrique et laissant parler une fibre personnelle et viscérale. Le montage lui permet de se (et de nous) poser des questions purement cinématographiques sur la représentation, jamais anodine (ainsi, la première image jamais tournée par sa mère est instinctivement celle de la mer), et sur l’inscription de la petite histoire, individuelle et familiale, dans la grande. Ainsi en Algérie ses parents filment-ils la joie de vivre, alors que le pays est plongé dans les tragiques événements que l’on sait, et pourtant on remarque au détour d’un mouvement de caméra des carcasses de voitures plastiquées ou des jeunes gens tapotant sur la carrosserie d’une voiture le fameux slogan “Algérie française”...

“Qu’est-ce qu’un fait historique ?” s’interroge le réalisateur. Il répond en racontant en creux une guerre et un déracinement, à hauteur d’hommes et de femmes, communiquant au spectateur sa propre émotion et prouvant, si besoin est, que l’autofiction peut s’affranchir de l’écueil du narcissisme.

Christophe Chauville

Article paru dans Bref n°101, 2012.

Réalisation et scénario : Olivier Py. Montage : Lise Beaulieu. Son : Jean-Noël Yven. Interprétation : Olivier Py. Production : Sombrero Films.