“Les petits souliers” d’Olivier Nakache et Éric Toledano
Jamel Debbouze, Gad Elmaleh, Atmen Kélif, Roschdy Zem, Gilbert Melki et Axelle Lafont pour un court au casting incroyable signé par les réalisateurs à succès du “Sens de la fête”.
Éclats vermillon et scintillements d’or : masqué par l’opulence des boules et des guirlandes lestant les branches des sapins, un autre monde s’organise. Ainsi, à la surface parcourue par un lent travelling vertical sur les décorations d’un sapin, succède la profondeur de corridors vitrés découverts par un travelling avant : plus chaotique, évoluant au gré de zooms optiques, mais plus vivant aussi, pénétrant l’envers du décor où un clown peut croiser un citron ou un homme en costume porter un sombrero.
Les petits souliers d’Éric Toledano et d’Olivier Nakache, c’est d’abord cette irrévérence malicieuse où Noël est scandé en mots-clés, précis rudimentaire à l’attention de ceux qui ne le fêtent pas mais qui, pour un maigre salaire, en seront l’incarnation le temps de quelques heures drapés dans du velours rouge, le visage disparaissant derrière des boucles blanches synthétiques. L’artifice est ainsi très vite poussé à son paroxysme : le rire sur-aigu de l’assistante, l’entrain forcé du responsable animation à l’humour discutable et réchauffé, l’enthousiasme désarmant de Zinedine – joué par un Jamel Debbouze déjà sautillant – construisent par accumulation une atmosphère effervescente où l’absence de mesure éveille paradoxalement un sentiment mêlé d’amusement et de malaise.
Or c’est cette acuité particulière à faire vivre une ambiance qui rend le film du duo Toledano-Nakache si enlevé : dressant un panorama sans concessions – autres que celles destinées à faire rire – d’une France s’approchant inéluctablement de 2002, le montage parallèle des péripéties de ces Pères Noël d’un soir et la multiplicité des décors n’entament pas l’efficacité de leurs incarnations. En quelques motifs simples – jamais très loin de la caricature, évitée cependant par ce sentiment en demi-teinte où le rire est toujours voisin de l’inquiétude – les tableaux-sketches se succèdent, amenant chacun leurs lots de surprises et de désappointement : une erreur d’adresse prenant corps au travers d’une porte ouverte par un rabbin en costume traditionnel, un cadre tout de poils vert synthétiques chez une actrice de films pornographiques bien décidée à détourner les codes de Noël, une maison luxueuse tout en miroirs et dorures aux multiples enfants, une autre, à la décoration moins ambitieuse, portant haut les couleurs du Front National avec Jean-Marie Le Pen comme figure de proue, etc.
L’opposition des deux mondes, élémentaire mais cependant efficace, irrigue ainsi le film, tissant en filigrane le portrait d’une France divisée, mais tristement unie par l’artifice et l’excès. Exutoire génial alors que cette scène de danse endiablée entre Samuel — Gad Elmaleh, mutin malicieux — et Bertrand, l’enfant sage aux parents racistes, sur des airs de pop arabisante, faisant tomber les masques le temps d’une parenthèse. Le sentiment doux-amer persiste cependant. L’à-côté demeure l’à-côté, et les hommes aux sourcils blancs finissent par se rejoindre autour d’une table, seuls mais ensemble. Le temps d’un dernier rire et d’un regard vers le futur – drôle, mais jamais seulement.
Claire Hamon
Réalisation et scénario : Olivier Nakache et Éric Toledano. Image : Alain Ducousset. Montage : Benoît Alavoine et Fabrice Allouche. Musique : Pascal Ebony et Fabrice Smadja. Son : Jean-Baptiste Faure. Interprétation : Jamel Debbouze, Gad Elmaleh, Atmen Kélif, Roschdy Zem, Gilbert Melki et Axelle Lafont. Production : Happening.


