Cahier critique 29/03/2018

“Fallou” d’Alassane Sy

Dans les pas d’un apprenti djihadiste. Clermont-Ferrand 2018.

Le film met en scène un jeune homme envoyé à Londres par un marabout sénégalais pour faire le djihad. Le réalisateur met le doigt de façon sensible sur les mécanismes et la menace du radicalisme et de l’extrémisme religieux auprès d'une jeune population.
Tim Redford, programmateur du Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand

 

Les habitués du Festival de Cannes ont découvert Alassane Sy comme acteur principal du premier long métrage de Jonas Carpignano présenté à la Semaine de la Critique en 2015, Mediterranea. D’origine mauritanienne, il avait déjà joué dans différents longs et courts métrages africains, mais ce sont les Journées Cinématographiques de Carthage qui l’ont consacré comme réalisateur avec le Tanit d’or décerné à son film Marabout en 2016.

Fallou raconte plusieurs histoires en une à travers l’exil d’un jeune homme sénégalais à Londres, parti un jour sans crier gare de son village natal, au désespoir de sa mère. Il est manipulé par un marabout, dont le rôle trouble est une fois de plus mis en question par le cinéaste : dans son précédent film, il évoquait déjà leur importance et leur influence dans les orphelinats du Sénégal.

Cette fois-ci, le cinéaste a en ligne de mire la question du terrorisme. Fallou est en cela un film de l’après 2015. Fallou est-il un terroriste en puissance, lui qui a  apparemment “une mission à accomplir” ? Sa mère est inquiète, elle se demande bien ce que fait son fils à Londres, lui qui semble à première vue mener une vie innocente au sein d’un groupe de musiciens et qui jure qu’il n’est là-bas que pour “apprendre l’anglais”. Comme dans Marabout, Alassane Sy introduit un personnage d’enquêteur, qui par l’intermédiaire d’un ami musicien et indic va tâcher d’en savoir plus sur l’existence de musulmans en voie de radicalisation au cœur d’un Londres multiculturel où l’on croise Kurdes ou Syriens.
On en revient à Fallou, personnage-titre et son regard caméra à la fin du film. Que semble-t-il nous dire, après avoir parlé avec sa mère ? Qui est-il vraiment ? Est-il endoctriné ? La grande force de ce film mosaïque, parfois frustrant dans sa volonté de coller à ce qui ressemble une ébauche de scénario de long métrage, demeure la volonté de préserver le mystère de son personnage principal.

Bernard Payen

Réalisation, scénario et voix : Alassane Sy. Image : Callum Begley. Montage : Waiel AL-Nour et Caitlin Bryant. Son : Miguel Rodriguez, Abdourahmane Ka. Musique : L.A.M.E.S.S. Mathieu Karsenti. Interprétation : Falilou Dia, Cheryl Walker, Khloe Bailey, Khadim, Belinda Zhawi, Hugh Dennis, Jamie Benzies, Kai Fish, Momar Sene, Ibrahima Ba, Afla Sackey et Doudou Gueye. Production : Proxy Prod (Sénégal / Royaume-Uni / Angleterre).