Extrait

Solène change de tête

Caroline Vignal

1998 - 10 minutes

France - Fiction

Production : T.S productions

synopsis

Peut-on changer de vie en changeant de coiffure ? C’est ce que pense la timide Solène en confiant sa tête à ses camarades de classe. Mais ces coiffeuses en herbe sont un peu dissipées.

Caroline Vignal

Diplômée du département scénario de la Fémis en 1996, Caroline Vignal réalise son premier court métrage, Solène change de tête, en 1998. L’année suivante, elle réalise son deuxième court, Roule ma poule, avec Emmanuelle Devos. Son premier long métrage : Les autres filles, sort en 2000 avec Julie Leclercq, Bernard Ménez, Jean-François Gallotte et Caroline Baehr. Le film a été sélectionné à la Semaine de la critique, à Cannes, puis dans de nombreux festivals.

Elle participe à la création de la série télévisée Hippocampe (2016) et à l’écriture de deux films pour France 3 : Divorce et fiançailles (2012), réalisé par Olivier Péray, avec Ariane Ascaride, Michel Aumont et Jean-François Stévenin, et Je vous présente ma femme (2013), réalisé par Élisabeth Rappeneau, avec Catherine Jacob et Michel Robin. En parallèle de ses projets audiovisuels, elle travaille sur de nombreuses émissions de radio pour France Culture, comme la série documentaire Et toi, c’était comment la première fois ? ou la comédie musicale Hyper, sélectionnée et primée dans plusieurs festivals.

Son deuxième long métrage Antoinette dans les Cévennes, avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte, Marie Rivère et Marc Fraize, est sorti le 16 septembre 2020. Le film fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes 2020 et a été présenté en compétition au Festival du film francophone d’Angoulême.

Critique

Solène change de tête s'ouvre sur des photos de modèles de coiffure et sur des voix d'adolescentes faisant la lecture d'un test sur le sexe d'un magazine féminin. Nous sommes dans une école de coiffure et les jeunes filles sont des apprenties, visiblement davantage préoccupées de raconter leurs petites histoires que de manier les ciseaux. Face à ce groupe oisif, bruyant et moqueur, se détache un visage singulier : celui de Solène. À l'excitation verbale de ses camarades, elle n'a qu'une timidité silencieuse à opposer. Visiblement en mal d'identité, Solène veut changer de tête. Mais sur la photo de mannequin qu'elle montre à son patron en guise de modèle, “on voit pas grand chose”, comme il lui fait remarquer. Avant de rajouter : “Remarque, ce serait radical comme changement”.

En quelques secondes, le film installe un lieu où ce n'est pas tant l'odeur du shampooing et autres cosmétiques qui nous entête que les effluves de l'adolescence, ce moment particulier de la vie qui fait osciller avec excès de la volonté de singularisation à celle de se fondre dans la masse. L'union fait la force et celle-ci peut se révéler terrifiante. Quand les jeunes filles se réunissent atour de Solène pour constater – et surtout commenter – les dégâts occasionnés sur sa coiffure par un malencontreux coup de ciseaux de l'une d'entre elles, Caroline Vignal saisit quelque chose de l'humain et de ses instincts les plus primaires qui va bien au-delà du portrait sociologique que le film pouvait laisser présager. Indéniablement, il y a quelque chose de la meute cruelle et sans pitié chez ces adolescentes.

Mais la subtilité de Solène change de tête est peut-être bien de ne pas s'arrêter à l'opposition un peu facile entre le groupe à l'arrogance un peu bête et la solitaire au cœur farouche. Dans cet espace a priori désespérant de modestie et de banalité, la vacuité d'une “certaine jeunesse” n'est pas épinglée mais tendrement mise en scène. L'excès de paresse des jeunes apprenties – le salon ressemble plus à un café où l'on tue le temps qu'à une ruche peuplée d'actives ouvrières – finit par être d'une telle incongruité qu'il contamine le lieu et crée ce décalage propice au surgissement de la fiction – et ceci d'autant plus facilement que le patron de tout ce petit monde est incarné par Bernard Menez, morceau de cinéma à lui tout seul.

Tous les personnages, pourtant si quotidiens, y puisent un petit supplément d'âme. II suffit alors d'un sourire entre Solène et l'une des apprenties, qui tente de mettre un terme à ses mésaventures capillaires, pour que le film bascule dans un apaisement discrètement poétique. Et lorsque Solène part rejoindre ses camarades, que le patron ferme boutique et que le RER passe au loin, on se dit que Caroline Vignal a su extraire comme un bruissement mélodieux du brouhaha de cet âge qu'on dit “ingrat”.

Claire Vassé

Article paru dans Bref n°42, 1999.

Réalisation et scénario : Caroline Vignal. Image : Pascal Lagriffoul et Sylvain Maillard. Montage : Annick Raoul et Carlos Pinto. Son : Xavier Griette, Olivier Le Vacon et David Rit. Interprétation : Stéphanie Montjourides, Bernard Menez, Selma Attafa, Aurélie Chenal, Nathalie Gibiot, Amelle Lazouguen et Stéphany Jaubert . Production : T.S productions.

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