Extrait
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Pour pas être seul

Théo Hoch

2018 - 10 minutes

France - Fiction

Production : Everybody on Deck / Adami

synopsis

Vincent participe au tournage en motion capture de “Soulkeeper”, un jeu vidéo dans lequel il interprète un chevalier revenu d’entre les morts. Pour sa première journée sur le plateau, il est suivi par une équipe de télévision.

Théo Hoch

Théo Hoch a fait une classe préparatoire littéraire et un Master pro cinéma à Paris 1.

En 2018, il réalise Pour pas être seul, produit par Everybody on Deck et diffusé dans plusieurs festivals en France, dont Premiers plans à Angers, le Festival européen du film court à Brest, le Festival international du court métrage à Lille, ainsi que dans l'émission Libre court.

En 2021, il mène à bien son deuxième court métrage, Une maison hantée, mélange entre la chronique de l'enfance et le film d'épouvante, le réalisateur continue sa réflexion portée sur les souvenirs que l'on emporte avec soi. Le projet a bénéficié de l'atelier “Développer un projet de court métrage : écriture, mise en scène, direction d'acteur” organisé par le Grec à la Cinémathèque de Grenoble. 

Critique

D’abord, c’est le bruit du vent. Ensuite vient l’eau, en mouvement léger, une eau métallique presque, puis les flocons de neige et les rochers. Surgit le crâne ouvert du chevalier Jonas qui s’enfonce dans la forêt enneigée et, tel un voyageur contemplant une mer de nuages, cet avatar de Friedrich surplombe les montagnes de pixels. Il n’y a plus rien d’autre que le vide. Jonas est Vincent Macaigne, face à au miroir de sa loge, enfilant une combinaison moulante pour un tournage en motion capture. Raconter Pour pas être seul, c’est dire la peur intense et brûlante du vide. Qu’est-ce qu’un acteur peut et doit faire quand il n’y a plus rien, ni décor ni chair, au même titre que le héros qu’il incarne doit occuper l’espace des terres désolées et numériques qu’il traverse ? 

Jouer avec les jeux, c’est ce que le cinéaste Théo Hoch déploie en alternant faux documentaire et explorations numériques. Ce chemin nous mène peu à peu vers quelque chose de plus intime et sombre : la fabrique des héros se fait toujours dans la mélancolie et le péril de l’oubli. Si le film insiste, dans une scène de direction d’acteur, sur le danger de l’invisible (“Il ne faut pas que tu disparaisses”, répète-t-on au comédien qui ne cesse de reculer) et l’importance de rester dans une zone prédéfinie, c’est parce que son programme est clair : la mort n’empêche pas la survie, tout est possible parce que tout est là, entre les mains des arts qui se marient. C’est d’abord l’histoire d’un chevalier qui revient d’entre les morts ; c’est ensuite celle d’un acteur qui retourne dans le cadre et c’est enfin un film qui, une fois la chair dissimulée, s’aventure dans les textures numériques. C’est-à-dire là où jamais rien ne disparaît, où l’effacement lui-même est un simulacre. 

Que restera-t-il ? Pour pas être seul est moins un film sur le jeu vidéo, qu’un film de traces. C’est peut-être ce désir ardent, qui fait toute la beauté de ce court métrage d’étudiant, dans cette résistance à ce grand effacement : même face à la dernière éclipse et nourri par la peur de l’abandon, le héros, l’acteur, l’humain demeurent dans les images survivalistes, nécessaires, embrasantes. Filmer la nature dans une réalité virtuelle est donc moins un remplacement qu’un prolongement et Pour pas être seul, quelque part, dit l’endroit où cinéma et jeu vidéo doivent se retrouver : dans la forêt endeuillée de Jonas, entre les montagnes et les forêts, un territoire encore bien vide mais fertile. Vertigineusement fertile. 

Arnaud Hallet 

­Réalisation et scénario : Théo Hoch. Image : Lucas Plançon. Montage : Yann Ducreux et Anthony Brinig. Son : Baptiste Mésange, Simon Dubois et Claire Berriet. Musique : Simon Rieth. Interprétation Vincent Macaigne, Simon Rieth et Pablo Dury. Production : Everybody on Deck et Adami.

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