Extrait

Numéro 10

Florence Bamba

2020 - 14 minutes

France - Fiction

Production : Les Toiles du Cosmos Productions

synopsis

Awa, étudiante en droit, se passionne pour le football qu’elle pratique dans son quartier. Sa passion n’est toutefois pas du goût de tout le monde.

Florence Bamba

D'origine congolaise par son père et sénégalaise par sa mère, Florence Bamba a grandi à Sartrouville, dans le quartier dit de la “Cité des Indes”. Après le bac, elle intègre l'université de Paris 8-Saint-Denis et obtient une licence en Arts du spectacle. 

Elle suit la Résidence pilotée par Gindou Cinéma, “La Ruche”, et développe son premier porjet de court métrage, inspiré de la passion partagée par ses trois frères, le football. Numéro 10 (2020) connaît une très belle carrière, circulant dans une multitude de festivals en France et à l'international (Bogoshorts, Dakar Court…). Il reçoit le Prix Collège au cinéma au Festival Travelling de Rennes en 2021.

 

Critique

Au foot, le 10, c’est bien sûr le numéro mythique par excellence. Celui de Platini, pour les quinquagénaires, et celui de Zidane, pour leurs cadets. Une photo de ce dernier est d’ailleurs accrochée au mur de la chambre d’Awa. La jeune fille joue elle-même, et plutôt bien, visiblement – “Franchement, il y a du potentiel”, lui assure un coach à l’accent toulousain. Awa se démène même pour concilier son rêve de devenir pro et les études de droit que ses parents la contraignent de suivre. Son père surtout. Le “daron” avec qui l’on comprend – dès la première séquence du film, alors que la jeune fille papote avec les copines de sa bande – que les relations ne sont pas simples. Il s’agit plus d’incompréhension, d’ailleurs, d’une divergence de points de vue, liée à l’écart des générations, sur le rapport aux coutumes, à la culture.

L’axe narratif est fertile puisque la réalisatrice Florence Bamba a des origines à la fois congolaises et sénégalaises – celles-ci étant aussi celles d’Awa dans la fiction. Le “pays” compte avant tout chose pour Moussa, le père : il faut y envoyer de l’argent, exagérément selon son épouse Amina, plus critique, et la honte peut soi-disant s’abattre sur la famille à tout moment, pour moult raisons – comme abandonner les études entreprises pour un cursus plus conforme à ses propres attentes et aspirations. L’importance du regard des autres, de la communauté d’origine – le village, sans doute – est cruciale pour le père, qui avait lui-même rêvé de devenir footballeur, comme nombre d’hommes de cette génération issue de l’immigration. Pour la suivante, la fièvre du ballon rond touche aussi les filles, avec l’exemple de réussite de l’OL Lyonnes (qui a en partie rejailli sur l’équipe de France féminine à travers ses Salma Bacha, Kaddidatou Diani et autres Sakina Karchaoui).

Mais au-delà du motif sociologique bien cerné et tenant d’évidence très à cœur à la jeune réalisatrice, le récit se reconcentre sur un rapport père/fille déjouant les clichés potentiels : le père n’est pas un tyran et une partie de foot complice avec Awa fait évoluer son logiciel de pensée, pour une transmission de flambeau ainsi ouverte, s’avérant en toute simplicité émouvante : y a-t-il plus gratifiante récompense que de se retrouver sur le rectangle vert avec les êtres les plus chers dans la tribune ? Zizou lui-même ne le contredirait pas…

Christophe Chauville

Réalisation et scénario : Florence Bamba. Image : Teddy Boulangée. Montage : Noémie Fy. Son : Hugo Rossi, Raphaël Acker et Paul Jousselin. Musique originale : Lionel Fabert. Interprétation : Assa Sylla, Ricky Tribord, Prisca Marceleney, Farid Gourari et Thierry Calas. Production : Les Toiles du Cosmos Productions.

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