Extrait

Mon juke-box

J-21

Florentine Grelier

2019 - 15 minutes

Animation

Production : Novanima et Girelle Production

synopsis

J’ai entendu une musique par hasard, l’autre jour. Un vieux titre de rock’n’roll. Ça me dit quelque chose... C’est sûrement un morceau qui passait sur un des appareils mécaniques de mon père, l’aventurier, l’homme aux mille vies, le roi du juke-box.

Florentine Grelier

Florentine Grelier est née en 1985 à Paris. Après un Bac littéraire, elle se spécialise dans les études artistiques. Ayant intégré un DMA de cinéma d’animation à l’Institut Sainte-Geneviève (Paris), elle s’y découvre un goût prononcé pour le travail de la matière et l’animation image par image et sort diplômée en juin 2006 avec un film de fin d’études utilisant la technique de l’animation en volume : On m’a fait la haine. Elle poursuit des études de réalisation à l’Université Paris VIII à Saint-Denis, où elle se lance dans le court métrage Ru, qu’elle achève dans un cadre professionnel au sein de la société Les Trois ours. Elle enchaîne alors plusieurs films autoproduits : Sommeil paradoxal, en peinture animée sur pellicule 16 mm ; Pixel Joy, animé entièrement sur Nintendo DS, et Ivres, qui allie… vin et peinture ! Elle enseigne le cinéma d’animation dans plusieurs écoles (notamment l’Atelier de Sèvres) et encadre des ateliers, tout en développant ses propres projets. En 2019, Mon juke-box, qui associe différentes techniques d’animation, est présenté dans de nombreux festivals en France et à l’étranger, recevant le Prix André-Martin du court métrage à Annecy.

Critique

Lauréat du Prix André-Martin du meilleur court métrage français lors du Festival d’Annecy 2019, puis passé par Sundance, Bruxelles ou encore Tampere, Mon juke-box de Florentine Grelier est un portrait ténu, singulier et lumineux, résultat du regard aimant et pudique porté par une fille sur son père. Se mettant volontairement en scène, la réalisatrice nous emmène à la rencontre de cet ancien baroudeur, touche-à-tout astucieux et débrouillard, dont les anecdotes, vraies ou fantasmées, nous emmènent de Londres à Istanbul, en passant par l’Afghanistan ou Ibiza.

Le prétexte à leur rapprochement, fil conducteur savamment tissé tout au long de l’intrigue, est la nécessité pour le père, autoproclamé “roi du juke-box”, de réparer celui de sa fille, le fameux “Jupiter”, tombé en panne à force d’usure et de temps. Lors d’une séquence merveilleuse d’inventivité et d’émotion, le bricoleur au travail raconte sa folle jeunesse par le biais d’anecdotes aussi savoureuses que les 45 tours de sa machine de prédilection. À chaque question de la jeune femme, on s’envole pour une nouvelle destination, une autre époque, et une autre facette de la vie de cet homme fascinant qui semble avoir eu une existence plus riche et remplie que la majorité de ses semblables. À moins qu’il n’ait tout simplement plus de talent que les autres pour colorer ses souvenirs de teintes chatoyantes et les transformer à tous les coups en histoires épatantes et drôles.

Mais l’habile artisan échoue à réparer le juke-box récalcitrant, et surtout vieillissant. Sans en faire des tonnes autour de leur gémellité évidente, le film aborde alors le moment où la fille découvre par ricochet la vulnérabilité du père. “Ils sont de plus en plus difficiles à réparer. Pourquoi ? Parce qu’ils se font vieux”. Et c’est non seulement le cœur de la jeune femme qui se serre, mais aussi celui du spectateur, qui rêve comme elle de trouver des pièces de rechange pour sauvegarder le plus longtemps possible ceux qu’il aime.

Le mélange des techniques (stop-motion, prise de vues continue, papiers découpés…) apporte à ce récit aussi simple que profond une touche d’artisanat et d’expérimentation qui lui permet de se rapprocher formellement de son propos. Tout est juste et sensible : les teintes vives, à dominante rose et mauve, la précision dans la manière de filmer les rouages du juke-box, les séquences presque bricolées qui donnent aux anecdotes de jeunesse un surplus de fantaisie et de liberté, sans oublier les très beaux passages abstraits qui évoquent le bonheur de la musique et la mémoire qu’elle ravive, matérialisés par des taches de couleur dansantes qui envahissent les personnages. C’est là, sous nos yeux, la traduction d’une matière intime sincère et jamais mièvre, qui dit à demi-mots tout ce qui unit une fille et son père.

Marie-Pauline Mollaret

Réalisation et scénario : Florentine Grelier. Animation : Julien Delwaulle et Florentine Grelier. Montage : Daniela De Felice et Florentine Grelier. Son : Pascal Bricard et Guy Tourreau. Musique originale : Thomas Gallet. Interprétation : François Chen, Roland Grelier et Florentine Grelier. Production : Novanima et Girelle Production.

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