Extrait
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Levittown

Nelson Bourrec Carter

2018 - 13 minutes

France - Fiction

Production : G.R.E.C

synopsis

Un jeune homme traverse le quartier résidentiel de Levittown, première banlieue américaine, animé par un monologue aux répliques familières. Non loin de là et alors que le soleil se couche, une jeune femme est confrontée à une menace invisible.

Nelson Bourrec Carter

Artiste et réalisateur, il est né à Paris d’une mère française et d’un père américain. Une mixité culturelle qui sera par la suite la clé du développement de son identité plastique : il travaille aujourd’hui dans des zones hybrides s’étirant entre les deux continents.

Nelson Bourrec Carter est diplômé des Beaux-Arts de Nantes et de Paris-Cergy, où il s'est spécialisé en photographie et vidéo. Ses recherches se portent sur les liens tissés tant entre mémoire personnelle et collective qu'entre territoire réel et paysage fictif, tous empreints de la force de l’imagerie populaire.

Il vit et travaille entre Paris et Los Angeles. Avant Levittown, il a réalisé les courts métrages Take Me to the Water (2014) et Overlanders (2016). 

Critique

Une devanture de maison bien soignée, un drapeau américain flottant avec délicatesse ou un réservoir d’eau surélevé en forme de champignon sur lequel est écrit “Levittown”. Ce quartier respirant la quiétude est l’un des premiers suburb américain imaginés à la fin de la première moitié du XXe siècle par le promoteur immobilier William Levitt. Un idéal urbain mêlant bien-être et apparences aisées qui se retrouve bientôt entaché par une ségrégation topographique et démographique – l’achat des maisons étant interdit aux personnes de couleurs.  Levittown tente de répondre à une question pernicieuse : que cachent les banlieues pavillonnaires derrière leurs airs lénifiants ? 

Le réalisateur et plasticien franco-américain Nelson Bourrec Carter – formé aux Beaux-Arts – envisage son film comme un concept minimaliste : montrer un comédien (Elijah Rollé) filmé en plan-séquence dans une rue avec une lumière déclinante prête à laisser place à l’obscurité. Le monologue dicté comme un poème est un monde de références où des citations cinématographiques jalonnent ce long travelling à la photographie tamisée. On devine des aphorismes présents dans American Beauty de Sam Mendes (1999),  The Stepford Wives de Frank Oz (2004), The Swimmer de Frank Perry (1968) ou ce joyau empreint de noirceur qu’est Donnie Darko de Richard Kelly (2001). Des films qui ont en commun d’interroger la place des banlieues américaines dans la psyché de leurs habitants. On est également frappé par la similitude et les accointances entre Levittown et l’introduction glaçante de Get Out, réalisé en 2017 par Jordan Peele : derrière cette idée urbanistique rassurante, les rues rectilignes dissimulent des monstruosités tordues. L’horreur n’est jamais loin sous le simulacre de la normalité. Le court métrage bascule alors, dans une seconde partie distincte et atmosphérique, vers des ténèbres plus littérales. 

Même si ce n’est jamais abordé frontalement, il plane sur le film l’ombre nuisible de l’ère trumpienne. Une politique haineuse et antidémocratique qui laissera des stigmates sociaux et identitaires sur la population. On pourrait alors lire Levittown comme un récit sur la fracture régnant actuellement aux États-Unis et sur son doux glissement vers cette impossibilité de se départir des fantômes ségrégationnistes. Cette schizophrénie, aimante tous les fantasmes les plus outranciers de l’American Dream à ses injonctions paradoxales. La peur, presque primitive de l’autre, est traduite par les sons menaçants d’une meute de loups que l’on imagine, hors du cadre, sur le point de bondir. Une œuvre décidément troublante, tant cette partie de l’Amérique en passe de devenir violente et irrationnelle s’apprête à s’infiltrer dans tous les espaces. 

William Le Personnic 

Réalisation : Nelson Bourrec Carter. Image : Charlotte Dupré. Montage : Benjamin Cataliotti. Son : Jacopo Messina. Interprétation : Elijah Rollé et Claire D’Angelo. Production : G.R.E.C.

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