Extrait
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Le grand Méliès

Georges Franju

1952 - 31 minutes

France - Documentaire

Production : Armor Films

synopsis

Précurseur de l’art cinématographique, Georges Méliès fut retrouvé, en 1928, tenant une boutique de jouets. Avant 1914, il réalisa plusieurs centaines de films féeriques et poétiques dont la fraîcheur de l’inspiration et l’ingéniosité surprennent encore les spectateurs d’aujourd’hui.

Georges Franju

Né en 1912 à Fougères, Georges Franju enchaîne les petits emplois, dont celui de décorateur de théâtre, avant de travailler dans une imprimerie où il rencontrera Henri Langlois. C’est avec ce dernier qu’il tourne, en 1934, son premier court métrage : Le métro.

Entre 1948 et 1957, Georges Franju réalise de nombreux courts métrages et s’impose comme l’un des chefs de file du documentaire français, au sein du fameux Groupe des Trente. Il filme entre autres les abattoirs de la Villette et de Vaugirard dans Le sang des bêtes (1949), le centre minier de Merlebach pour En passant par la Lorraine (1950), puis quelques hauts lieux artistiques de la capitale (Hôtel des Invalides, Notre-Dame, cathédrale de Paris, etc.). Georges Franju s’intéresse également à quelques personnalités ayant révolutionné leur temps : le célèbre pionnier du cinéma dans Le grand Méliès (1952) ou encore le duo de chercheurs nobélisés dans Monsieur et Madame Curie (1953). Il signe son dernier court métrage, La première nuit, en 1957.

Deux ans plus tard, le réalisateur passe au long métrage avec La tête contre les murs (Grand prix de l’Académie du cinéma en 1960), dans lequel on reconnaîtra notamment Pierre Brasseur, qu’il dirigera de nouveau en 1961 dans Pleins feux sur l’assassin. Entre 1959 et 1974, Georges Franju aura réalisé neuf longs métrages, dont plusieurs adaptations littéraires : Les yeux sans visage en 1960 (d’après Jean Redon), Thérèse Desqueyroux en 1962 (d’après François Mauriac) et La faute de l’abbé Mouret en 1970 (d’après Émile Zola).

Au cours de sa longue carrière, Georges Franju ne s’est pas seulement cantonné à la réalisation, il a également été scénariste, dialoguiste, compositeur de musique et producteur. Le réalisateur s’est éteint en 1987, à l’âge de 75 ans.

Critique

Presque soixante ans avant le distrayant, coûteux et pédagogique Hugo Cabret de Martin Scorsese (2011), Georges Franju rendait, dans un registre radicalement différent, un hommage profondément émouvant à l’un des pères du cinéma, Georges Méliès, prodigieux inventeur et révélateur de la puissance illusionniste d’un art encore naissant. 

Le grand Méliès (dont on peut apprécier la belle copie restaurée) s’inscrit dans la série des courts métrages passionnants tournés par le réalisateur des Yeux sans visage entre la fin des années 1940 et le début des années 1960. Y figurent une majorité de documentaires et quelques fictions qui tous révèlent déjà ce qui fera la singularité et force du cinéaste qu’on ne saurait réduire à l’étiquette un peu vague de réalisme poétique. Il affirme alors une précision clinique de documentariste (même dans la fiction), propice à faire jaillir l’horrifique, mais aussi son goût pour l’insolite, le fantastique et parfois une magie très enfantine.

C’est naturellement vers cette dernière tendance que nous entraîne Le grand Méliès sans pour autant perdre de vue la mort qui guette et qui se présente comme toujours chez Franju comme l’envers incontournable du moindre effet d’illusion. C’est évidemment sur ce terrain-là que les deux Georges se retrouvent et dialoguent parfaitement comme le met en évidence une reconstitution d’un spectacle de Méliès dans lequel une femme découvre à travers ses jumelles de théâtre les acteurs transformés en squelettes. La beauté du film est d’étendre ce tour de passe-passe macabre à la mort même de Méliès, disparu depuis quatorze ans au moment de la réalisation du film. 

La séquence d’ouverture, située dans la maison de retraite où l’artiste passa les dernières années de sa vie, est à ce titre totalement saisissante. On entre dans ce domaine comme dans un théâtre ou un studio de cinéma où l’on mesure déjà les traces laissées par la vie de l’artiste ; certaines sont invisibles, diffusées dans l’air, dans la lumière qui se reflète sur un étang du parc, d’autres sont plus cruellement concrètes comme la marque laissée par les meubles de Méliès dans une pièce qu’il occupait. Tel un prestidigitateur, Franju joue avec le temps autant qu’avec les apparences, mélangeant images d’archives et reconstitutions, documentaire et fiction auxquels il associe des membres de la famille du cinéaste, témoins, narrateurs, et pour certains acteurs. Il s’efface modestement derrière son sujet pour restituer sans emphase mais avec précision et pudeur les grandes lignes de cette existence riche et passionnée. On retrouve néanmoins son regard de cinéaste dans le magnifique dénuement de sa mise en scène propice à restituer l’empreinte artistique immense, déterminante laissée par Méliès mais aussi à saisir la marque bouleversante, mystérieuse et profonde de son absence.

Amélie Dubois 

Réalisation et scénario : Georges Franju. Image : Jacques Mercanton. Montage : Roland Coste. Musique originale : Georges Van Parys. Interprétation : Jehanne d’Alcy, André Méliès, Marie-Georges Méliès et Eugénie Méliès. Production : Armor Films.

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