Extrait

Jenna

Christian Monnier

2017 - 25 minutes

France - Fiction

Production : Screen Addict

synopsis

Après douze ans d’absence, Jenna revient sur ses îles à Saint-Pierre et Miquelon pour les obsèques de sa jeune sœur. Mais les retrouvailles avec sa famille ne vont pas se passer comme elle l’aurait souhaité.

Christian Monnier

Né en 1968 à Mont-de-Marsan (Landes), Christian Monnier se dit marqué par les voyages effectués durant son enfance et ayant sans doute influé sur son travail de réalisateur, entrepris d'abord par le biais de courts métrages (People en 2001 et Vibrations(s) en 2003), puis un premier long, Le chien, présenté au Festival des films du monde de Montréal et distribué en France à l'été 2009.

Trois courts métrages suivent : Housing Crisis in Hollywood (2015), Fishing in the Moonlight (2016), tourné en Ontario, et Jenna, qui se déroule à Saint-Pierre et Miquelon et se voit sélectionné dans de nombreux festivals, par exemple Un poing, c'est court ! à Vaulx-en-Velin. C'est dans le même département d'Outremer, rarement filmé, qu'il enracine son film suivant, le long métrage Ça tourne à Saint-Pierre et Miquelon, une comédie où l'on retrouvera notamment Philippe Rebbot, Claire Nadeau, Dominique Pinon et Patrick Bouchitey, avec une sortie en salles prévue en 2021. 

Critique

Sur le papier, Jenna réunissait tous les éléments pour tomber dans les écueils du mélodrame. Néanmoins, sous l’œil du réalisateur français Christian Monnier, le deuil se décline en un spectre de plusieurs intensités et se double d’une quête intime. C’est sans délivrer de jugement que le cinéaste observe les retrouvailles fortuites d’une famille déchirée. Les non-dits éclatent, dans des joutes verbales suivies de longs silences, illustrant la détresse qui frappent les personnages. Jenna est venue chercher la paix et, plus encore, espère la reconnaissance de son identité transgenre, qui n’est plus celle qu’elle a laissée en souvenir à ses parents sur les îles de Saint-Pierre et Miquelon. 

Campée par Christine Braconnier, elle incarne un visage intrépide, un refus du silence auquel elle se heurte depuis douze ans. La caméra épouse sa perception, ne la quitte jamais du regard, trahissant une attirance magnétique pour son héroïne et son actrice tout à la fois. Souvent frontaux, les plans se resserrent sur les émotions du visage. Ils ne rejettent aucun sentiment, capturant les cris et les silences avec la même attention. Subtilement, le film allie l’émotion et son contrepoint, en maintenant une distance, une retenue. 

Ce sont aussi ces terres lointaines, volontiers hostiles, qui nourrissent l’imaginaire du cinéaste. Les rencontres y sont forcément fortes, inoubliables. Au travers des plaines enneigées, ou encore du mouvement des vagues, les paysages font écho aux sentiments tus. Rien n’échappe à la caméra, qui insère ces images, presque documentaires, en complétant ainsi le tableau d’une famille figée. Le récit laisse une chance à tous ses personnages de s’exprimer sur leur propre deuil, ébranlés à leur manière, avec leurs craintes. Les remises en question soulevées par Jenna exposent la pudeur des liens familiaux à cœur ouvert. 

Non, le film ne propose pas de résolution idéale, mais un pas en avant. C’est une leçon de vie, imprévisible et houleuse, que Christian Monnier signe à travers cette œuvre des plus touchantes. Une ode à l’individu, au renouveau, à l’envol. 

Léa Drevon 

Réalisation et montage : Christian Monnier. Scénario : Christian Monnier, Xavier Fréquant et Sheila O'Connor. Image : Mathieu Seguin. Son : Xavier Piroelle et Dusty Serignat. Musique originale : Mathieu Gauriat. Interprétation : Christine Braconnier, Laurent Lucas, Martine Francke et Chloé Berthier. Production : Screen Addict.

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