Extrait
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Grâces

Nicolas Wozniak

2020 - 25 minutes

France - Fiction

Production : Capricci Films

synopsis

Annabelle devrait s’occuper de son enfant, trouver un appartement, prendre sa vie en main, mais elle n’y arrive pas. Tous les soirs, derrière le comptoir du bowling où elle travaille, elle attend l’homme qui va enfin l’emmener vers une autre vie. Quand un inconnu lui demande de surveiller son sac et ne réapparaît pas, tout bascule.

Nicolas Wozniak

Né en 1983, Nicolas Wozniak a été critique pour les Cahiers du cinéma, puis pour le magazine Sofilm.

Il a aussi collaboré à l’écriture du long métrage d'Albert Serra La mort de Louis XIV, sélectionné au Festival de Cannes en 2016. En 2019, il réalise son premier court métrage, Grâces, un film policier qui flirte avec le fantastique dans une atmosphère volontiers lynchéenne. Alice Barnole, révélée par L'Apollonide, souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello (2011), en tient le rôle principal.

Critique

Le titre polysémique du film de Nicolas Wozniak fonctionne comme un indice de la difficulté de sa protagoniste, Annabelle, à s’arrimer au réel et au présent de sa vie. “Grâces” désigne une bourgade des Côtes d’Armor, et non la ville du Sud de la France connue pour ses parfums. Mais le sens abstrait du mot plane aussi sur le récit, sur la démarche en apesanteur d’Annabelle, sur sa manie d’imposer ses mains sur les personnes rencontrées pour ressentir on ne sait exactement quoi, et de chercher le surgissement du surnaturel dans le prosaïque de sa vie. Annabelle est toujours ici et ailleurs, comme le suggère l’inscription “Machu Picchu” sur son t-shirt, qui emporte l’imagination du spectateur bien loin du bowling de zone industrielle où elle travaille comme serveuse. Dans le bureau de la juge des affaires familiales, la jeune femme reprend les mots de la magistrate qui doit statuer sur la garde de son enfant et corrige les dires de son ex-compagnon. Elle n’a de cesse de rectifier les termes de sa vie pour les accorder à ses désirs. Elle se rêve en femme du monde qui retrouve un homme amoureux dans un passage commerçant, dans une mise en scène qui la magnifie comme une réminiscence de la Lola de Jacques Demy. Elle se projette dans une aventure amoureuse qui aurait pour cadre l’Espagne, mais n’existe sûrement que dans son esprit. Son refus des contraintes de la vie domestique et de son rôle de mère est noyé dans l’imaginaire d’aventures impensables. Pourtant, le fantastique s’immisce légèrement dans la réalité avec un strike improbable et une mystérieuse sacoche oubliée qu’une visiteuse hostile et inquiétante souhaite vivement récupérer.  

En somme, Annabelle met en scène mentalement la vie qu’elle aimerait vivre. Le style du film épouse ses états d’esprit changeants : caméra aérienne aux mouvements souples dans sa rêverie amoureuse ; fondus enchaînés qui raccordent des plans nerveux lorsqu’elle conduit sous la pluie, effrayée par le mystère qui nimbe l’oubli de la mystérieuse sacoche. Grâces est l’histoire d’un regard sur le monde, d’une fabulation qui finit par trouver sa place dans le réel à force de croyance dans le surnaturel. Dans ce basculement entre ce qu’Annabelle fantasme du monde et ce qu’il devient, peut-être par la force de son esprit, se joue aussi l’acceptation de sa parentalité, légèrement esquissée, et qui permet de relire l’évocation de l’absence de son fils à l’aune de la disparition de son propre père. 

Raphaëlle Pireyre 

Réalisation : Nicolas Wozniak. Scénario : Dominique Baumard. Image : Raimon Gaffier. Montage : Rémi Langlade. Son : Clémence Peloso. Musique originale : The Penelopes. Interprétation : Alice Barnole, Pascal Lambert et Muriel Machefer. Production : Capricci Films.