Extrait
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Fleur de pavot

Baer Xiao

2019 - 22 minutes

France - Fiction

Production : Nouvelle Toile Productions

synopsis

Dans une ville-usine chinoise, Lu Han apprend qu’il doit déménager à Shanghai. Il n’a que quelques jours pour dire au revoir à Tian Xi, la fille de son cours de danse qu’il n’ose pas approcher.

Baer Xiao

Baer Xiao est un réalisateur chinois, il a débuté ses études universitaires en Chine, puis en animation à Saint-Étienne avant de venir terminer son cursus à Paris.

Baer Xiao sort diplômé de l’École supérieure d’études cinématographiques de Paris (ESEC) en réalisation.

Il écrit et réalise son premier court métrage en 2017 : Derrière le nuage, produit par Nouvelle Toile Productions. Le film a été diffusé par Canal+ et sélectionné dans de nombreux festivals l’année suivante, notamment au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand.

En 2018, après 6 ans de recherches, Baer Xiao débute le tournage de son deuxième court métrage, Fleur de pavot, produit une nouvelle fois par Nouvelle Toile Productions. En 2019, le film a été présenté au Festival du film européen de Lille et à Côté court à Pantin. Il a remporté le Prix spécial du jury au 18e Prix UniFrance du court métrage.

Critique

C’est après six ans de recherches sur cette “ville-usine” chinoise, appelée le “331”, que Xiao Baer plante le décor de son second court métrage, produit par Nouvelle Toile Productions à la suite de Derrière le nuage, réalisé deux ans plus tôt.

Le film prend le temps de regarder le paysage urbain, figé, tandis que les habitants se déplacent dans un rythme cyclique le long des grandes routes linéaires reliant l’usine au reste de la ville. Dans leur sillage, il y a l’austérité des bâtiments ; ces blocs de béton sombres à la simple vocation utilitaire qui jalonnent leurs trajets quotidiens. La caméra balaye ainsi, de manière contemplative, le chassé-croisé des scooters et vélos, cristallisant au passage les quelques conversations échangées en route. En prenant le parti de filmer l’entièreté des séquences de nuit, sous les lumières artificielles de la ville, le réalisateur et son chef opérateur, Noé Bach, signent une esthétique qui remportera le Prix de la meilleure photographie en 2020 au International Short Film Festival of Bueu, en Espagne.

Le récit s’attarde sur le sort de ces ouvriers, saisissant à la fois le mouvement perpétuel et l’inertie qui découle d’une vie collective régie par le travail à l’usine. Il dépeint ainsi l’endroit où se dessine l’imminence d’une possible déshumanisation : les habitants doivent présenter un badge pour passer d’un secteur à un autre, faire face aux fréquentes coupures d’électricité et aux “accidents” qu’ils semblent connaitre lorsque “les dirigeants débarquent”.

Xiao Baer dévoile en parallèle l’imbrication de deux mondes, celui de l’enfance et celui des adultes, à la manière des regards échangés en secret à l’arrière des scooters, dans le dos des parents. Tout demeure minimaliste dans le dialogue, les personnages se heurtant à l’automatisme de ces gestes quotidiens. Les émotions passent ainsi par les images et les silences, faisant l’économie d’explications appuyées.

Au milieu de ce tableau, le cours de danse des enfants suggère un espoir. Livrés à eux-même après les répétitions du spectacle, ils s’autorisent à vivre, à rêver leurs vies futures. Le jeune garçon, Luohan, dans sa quête de rapprochement avant l’échéance de son départ pour Shanghai, montre cette urgence de vivre par l’échange de timides regards en direction de la jeune danseuse. Il n’hésitera pas à concrétiser sa quête par le don de son vélo tout neuf, remporté lors d’une course, l’abandonnant ainsi comme un ultime geste d’amour.

La fleur de pavot résiste à la vitesse des transports, colle à la peau du jeune garçon et à la nôtre un peu aussi. La narration rythmée par un montage précis, place l’antagonisme entre la vie du jeune garçon et son départ imminent qu’il refuse résolument. Celui-ci lutte tendrement et avec malice contre la fatalité ambiante en retrouvant cette part de rêve propre à l’enfant.

Émouvant à la juste distance, le film raconte de l’intérieur cette impuissance qui incombe à l’enfance, synonyme de petits tracas que l’on balaye d’un revers de manches. Cette “nuit chinoise”, met en scène le récit du jeune Luohan dans sa véritable dimension ; à savoir, non pas celle d’un déracinement déchirant, mais plutôt le portrait beaucoup plus universel du passage à l’adolescence, celui des premiers émois et des premières tentatives d’approche. Or, ces petites touches lumineuses dans ce cadre sombre, sont précisément ce qui fait toute la justesse du film.

Léa Drevon

­Réalisation et scénario : Baer Xiao. Image : Noé Bach. Montage : Alexandre Westphal et Alexis Noël. Son : Li Ran, Guillaume Battistelli et Emmauel Desgez. Musique originale : Pablo Altar. Interprétation : Zou Weiquing, Zhang Kequian, Zhang Chichen, Zhang Lingzhi, Han Chengyan, Qu Bi, Li Xinling, Li Jie, Yin Mengxi et Yin Mengjin. Production : Nouvelle Toile Productions.

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