Extrait
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Ennui ennui

Gabriel Abrantes

2013 - 34 minutes

France - Fiction

Production : Les Films du Bélier

synopsis

Alors qu’une ambassadrice de France en Afghanistan est en pleine négociation de désarmement avec un nomade Kuchi, sa fille, Cléo, est kidnappée par un seigneur de guerre afghan...

Gabriel Abrantes

Gabriel Abrantes est né en Caroline du Nord (États-Unis), en 1984. Diplômé de la Cooper Union for the Advancement of Science and Art de New York en 2006, il étudie ensuite à l’École nationale des Beaux-Arts de Paris, avant d’intégrer Le Fresnoy (Studio national des Arts contemporains). Après la réalisation de plusieurs œuvres teintées d’un humour absurde, il coréalise le court métrage A History of Mutual Respect avec Daniel Schmidt, récompensé au Festival international du film de Locarno, en Suisse, et à IndieLisboa, au Portugal, en 2010. Cette collaboration vaut au duo une relation créative forte et active jusqu’à aujourd’hui.

Sorti en salles en 2004, le programme Pan pleure pas, composé de trois courts métrages, fait voyager le spectateur à travers plusieurs pays. Le premier, Liberdade (coréalisé avec Benjamin Crotty) est mis en scène en Angola, dans lequel un jeune homme souffre d’impuissance sexuelle. Le second, Taprobana, romance la vie du célèbre poète Camöes dans le Sri Lanka du XVIe siècle. Le dernier, Ennui ennui, dépeint l’étonnant kidnapping de la fille de l’ambassadrice de France – interprétée par Lætitia Dosch – en plein cœur de l’Afghanistan. L’actrice sera récompensée au Festival international du court métrage de Clermond-Ferrand en 2014.

En 2016, Abrantes réalise The Hunchback, un court métrage d’anticipation dans lequel les employés d’une multinationale sont contraints de participer à un surprenant jeu de rôle les plongeant dans une misère totale. Le film sera récompensé au Festival du court métrage de Louvain (Belgique) et à IndieLisboa en 2016. A Brief History of Princess X est produit la même année, récompensé aux festivals internationaux de Vila do Conde (Portugal), Drama (Grèce) et San Francisco. Le film met en scène l’histoire d’une sculpture aux multiples facettes.

En 2018, le grand écran accueille Diamantino, son premier long métrage, coréalisé avec Daniel Schmidt. Le Grand prix Nespresso de la Semaine de la critique 2018 lui est attribué à Cannes.

Gabriel Abrantes vit et travaille actuellement à Lisbonne.

Critique

On ne sait pas trop ce qu’on retient le plus du cinéma de Gabriel Abrantes : son goût pour les contes, sa profusion narrative, sa sensibilité au temps présent, son humour, son sens du rocambolesque et de l’hétéroclite. Les ingrédients qui composent Ennui ennui sonnent comme un inventaire à la Prévert, avec le président Obama, un drone doté d’une intelligence artificielle et de la capacité de converser en plusieurs langues, une princesse nomade qui se masturbe avec une carotte en lisant Georges Bataille, une fléchette d’amour, un prince de guerre, une vierge, bénévole de Bibliothèques sans frontières qui pratique le kung fu, un chameau, un petit cochon appelé Madame Bovary…

Le plus détonnant est qu’une logique aussi farfelue qu’imparable arrime ces éléments dans un récit qui enchaîne quiproquos et retournements au gré d’actions où la gravité se voit détrônée par le trivial, où les tensions et les allusions sexuelles s’immiscent dans les détours d’une fiction qui se plaît à partir en vrille. L’univers dépeint par Gabriel Abrantes relève en effet d’un désordre qui déjoue systématiquement les prévisions – toute ressemblance avec notre monde tel qu’il va serait absolument fortuite –, en particulier celles des protagonistes aussi maladroits que pleutres, comiques dans leur manière de se croire rusés alors que leurs projets échouent immanquablement.

Si l'on reconnaît là des ressorts traditionnels du comique, Ennui ennui ne se résume pas à quelques vieilles recettes qui seraient remises au goût du jour. Le plaisir du jeu et le goût de l’hétérogène passent aussi par la qualité des interprètes et les contrastes qu’ils dessinent. Il fallait songer à Édith Scob pour interpréter le rôle de la mère de la bibliothécaire incarnée par Lætitia Dosch même si toutes deux semblent toujours à deux doigts du dérèglement.

Une séduction particulière opère aussi dans la façon qu’a le film de jongler avec les terrains de l’actualité : le président Obama, l’Afghanistan, les drones, l’intelligence artificielle. Il faudrait d’ailleurs parler d’un spectre temporel plus vaste dans lequel la figure d’Obama semble appartenir à un passé déjà lointain, finalement moins présent que l’esprit conte oriental du film, hors du temps, ou que la voix du drone, à la fois cousin du Hal 9000 de 2001, l’odyssée de l’espace et projection d’un futur inquiétant.

Et une véritable émotion affleure cependant quand, dans l’intimité, les personnages tombent le masque ou quand un contact physique s’établit entre la princesse nomade et le drone blessé qui a pour nom Hellefire Destroyer n°503027. On ne s’y attendait pas.

Jacques Kermabon

Réalisation et scénario : Gabriel Abrantes. Image : Simon Roca. Montage : Aël Dallier Vega. Son : Philippe Deschamps, Alexandre Hecker et Olivier Dô-Hùu. Musique originale : Ulysse Klotz. Décors : Jean-Charles Duboc. Interprétation : Laetitia Dosch, Édith Scob, Omid Rawendah, Breshna Bahar, Esther Garrel, Aref Banuhar, Asif Mawdoodi et Stephan Rizon. Production : Les Films du Bélier.  

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