Extrait

Cour de récré

Francis Gavelle, Claire Inguimberty

2016 - 9 minutes

France - Animation

Production : Offshore

synopsis

Bruno aime beaucoup Delphine… Delphine aime beaucoup Jérôme… Jérôme regarde beaucoup Marjorie… Marjorie n’aime plus Simon, ni Bénédicte. Dans une école primaire, à la récréation, petits garçons et petites filles courent, crient, se poursuivent, sautent sur place au gré de leurs jeux.

Francis Gavelle

Né en 1963 en banlieue parisienne, Francis Gavelle produit et anime depuis 1998 une émission dédiée à la littérature, à la musique et au cinéma (“Longtemps, je me suis couché de bonne heure”, sur l'antenne de Radio Libertaire). En parallèle de son émission, il participe, de 2001 à 2011, au comité de sélection “courts métrages” à la Semaine de la Critique de Cannes et devient membre du Jury de la Caméra d'Or en 2012. Également membre de diverses commissions (Prix de qualité du CNC, Comité animation des César, Aide à la postproduction de Cinémas 93, Résidence animation de Ciclic), il participe, par ailleurs, à la programmation de différents festivals et autres manifestations : Annecy, Brive, Bruz, “Le Goût du court” au cinéma Le Balzac. En 2015, il initie le Prix André-Martin, soutenu par l'AFCA et le Festival international du film d'animation d'Annecy avant de coréaliser, l'année suivante, avec Claire Inguimberty, le court métrage d'animation Cour de récré

Claire Inguimberty

Après des études en BTS “montage audiovisuel” à Boulogne-Billancourt, la réalisatrice Claire Inguimberty se lance dans le cinéma d'animation et entre en 2011 à l'École des métiers du cinéma d'animation à Angoulême. Pendant 3 ans, elle y expérimente des techniques aussi diverses que la 3D, le stop-motion, le papier découpé ou l'animation cut-out, mais reste attachée à la technique traditionnelle, papier ou numérique. Elle collabore, alors, avec Élise Burnot, de l'école Créadoc, à la réalisation de son premier court métrage d'animation, On adore danser tous les deux (2012), puis réalise l'année suivante son film de fin d'études : La dérive (2013). En 2016, elle coréalise avec Francis Gavelle son premier court métrage d'animation produit, Cour de récré. Celui-ci reçoit en 2016 le Prix du Meilleur court métrage d’animation au Festival du film indépendant de Rome.

 

 

Critique

Dans la cour de récré, chacun observe l’autre : les garçons jouent à la guerre, les filles à la poupée. C’est le standard des genres et des émotions que remettent en cause les réalisateurs Francis Gavelle et Claire Inguimberty. À travers un dessin aux lignes légères et aux couleurs froides, le duo interroge ce fondement de l’enfance qui détermine notre aboutissement : le rapport aux autres. Pourquoi ne m’aime-t-il pas ? Comment me faire aimer ? Qu’est-ce que cela provoque en moi ? Face au rejet, chaque enfant traduit son émotion par une couleur vive qui contraste avec l’épure générale du graphisme de l’œuvre. Une émotion représentée sous la forme d’une tache (le bleu pour la tristesse, le rouge pour la colère…) qui jaillit, telle une explosion finissant par envahir l’ensemble du cadre, tant il est impossible de la contrôler. Chaque sentiment singulier est incompris et seulement absorbé par l’enfant, qui le revit encore et encore chaque fois que l’objet de son intérêt le repousse. À ce monde d’enfants se mélange physiquement celui des adultes. Plusieurs voix-off dirigent alors l’attention du spectateur : une voix féminine et distancée décrit sobrement les scènes quand celle d’un homme, Bruno, l’un des protagonistes, témoigne du passé, une fois devenu adulte. Deux autres figures matures viennent compléter ces voix imposantes : les parents de Marjorie. Ceux-ci illustrent la cause des agissements de la petite fille qui résiste à toute convention, dans son apparence comme ses envies de jeux de récréation. Affectée par le déchirement de ses parents, elle cherche à se défaire de sa colère par tous les moyens, allant jusqu’à jeter sa peluche, personnification de son enfance devenue un poids.  

Tout au long du film, l’angle choisi par les cinéastes envisage le décor du point de vue des enfants, à leur hauteur et en dévoilant un monde extérieur (à la cour de l’école) menaçant et étouffant. Pourtant, celui-ci vient s’immiscer dans leurs échanges reflétant une volonté de plaire à tout prix. Bruno, qui ne trouve pas sa place dans les jeux de ses camarades, est prêt à s’adapter aux envies de Delphine, qui ne résiste et se désintéresse que davantage face à son insistance. Guidé par la rage et l’obsession de son désir, le garçon commet impulsivement un geste irréparable, pourtant d’apparence inoffensif, qui dévoile la transformation d’un sentiment en un autre, avec toute l’étendue de ses conséquences. L’amour devient haine, l’ami devient ennemi. Finalement, lui aussi peut les tuer, comme les autres garçons de son âge. 

Aliénor Lecomte 

Réalisation : Francis Gavelle et Claire Inguimberty. Scénario : Francis Gavelle. Animation : Claire Inguimberty Montage : Antoine Le Bihen. Son : Matthieu Langlet et Yan Vosly. Musique originale : Sabrina Duval. Production : Offshore.

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