Extrait

C’est plutôt genre Johnny Walker

Olivier Babinet

2008 - 29 minutes

Fiction

Production : Ferris & Brockman

synopsis

Fatiguée par les incessantes élucubrations d’Étienne, Solveig, sa compagne, l’envoie passer la nuit dehors. Arrivé chez son ami Bip, Étienne ressasse ses problèmes et ses angoisses. Il en a assez de vivre la même vie. Mais bientôt, sous l’influence d’une gélule énigmatique commandée sur internet, il se retrouve prisonnier dans une boucle infernale.

Olivier Babinet

Né à Strasbourg, Olivier Babinet a fait ses gammes avec la série Le bidule, dont les soixante-dix-huit épisodes furent diffusés sur Canal+ en 1999 et dont il est l’un des créateurs. Il participe en 2002, avec C’était le chien d’Eddy, à une “Collection” des programmes Courts & création de la chaîne restée célèbre : Une certaine idée du bonheur. En 2008, son court métrage C’est plutôt genre Johnny Walker, tourné en 35 mm, apparaît comme un véritable ovni au sein de la production française et triomphe dans plusieurs festivals importants. Il remporte ainsi le Prix spécial du jury à Clermont-Ferrand, le Prix de la jeunesse à Pantin et le Grand prix à Nice. Son premier long métrage ne tarde pas : Robert Mitchum est mort, coréalisé par Fred Kihn, est distribué au printemps 2011 après avoir été présenté à Cannes par l’Acid et distingué du Grand prix du Festival Premiers plans d’Angers. C’est également l’Acid qui permet à Swagger d’être vu sur La Croisette en 2016, avant d’être distribué en novembre 2016. Le réalisateur y suit des adolescents de Sevran et Aulnay-sous-Bois, issus de l’immigration, en donnant parfois à sa forme documentaire des aspects plus inattendus de films de science-fiction ou de comédie musicale. Il développe alors le projet d'un nouveau long métrage de fiction : Poissonsexe. Interprété notamment par Gustave Kervern et India Hair, il sort en salles en France le 26 août 2020. Jean-Benoît Dunckel, du groupe Air, en signe la bande originale.

Critique

Parmi les précieuses projections que l’Acid proposait en 2009 pendant la durée du Festival de Cannes, C’est plutôt genre Johnny Walker, d’Olivier Babinet, imposait sa nonchalance dégingandée après une année d’euphorie festivalière méritée. Est-ce parce qu’il parle de crise et de pilule à avaler que ce film atypique n’en finit plus de nous plaire ? Pas seulement, assurément. Étienne et Bip y incarnent respectivement les faces A et B d’un même trentenaire, sorte d’anciens “beaux gosses” de Riad Sattouf, poussés en graine dans les champs de néons, juste derrière le périph’. L’Amérique est bien lointaine, l’horizon flouté par les barres d’immeubles et la vie passe, mixée dans un synthétiseur. Un soir où Étienne est à la rue, les deux compères gobent une mystérieuse pilule achetée sur le Net. En guise d’“extension de l’âme”, ils tombent dans une boucle temporelle. Le même mauvais whisky, le spleen de l’insomnie, à l’infini.

J’attends... du boulot, du fric, quelqu’un qui pense à moi, qui me trouve formidable”, tout est dit par Étienne, en peu de mots. La première qualité du film est de ne pas lâcher d’un plan ce dandy cassé, interprété par le formidable Pablo Nicomedes, qui cache des sérénités et des douleurs d’apache sous des dehors de petite frappe. Le film parvient à se construire sur ce rythme, si fragile, du rien. Celui du refus d’un visage et d’un corps à accepter ce tout.

Olivier Babinet a assurément travaillé son goût et ses envies notamment grâce au Bidule, irrésistible mini-série télé glacée qui s’emparait déjà de notre médiocrité ambiante pour en révéler la crudité ; il prend le temps d’effeuiller son récit, de dépouiller les genres, en lâchant l’idée de causalité. On n’est plus ni dans le récit intime, ni dans la science-fiction, loin du film social, tout en y plongeant, la tête la première. Alors que Star Trek et ses collants tentaient récemment de nous perdre dans des interstices spatio-temporels douteux, Babinet s’amuse simplement à nous promener avec une vraie sincérité, dans le temps perdu de ces couloirs sans fin où l’être aimé nous abandonne, tellement la vie poisse. On est prêt à l’y suivre encore, longtemps. Vers le Grand Nord, où il devrait tourner bientôt un long métrage.

Amélie Galli

Article paru dans Bref n°89, 2009.

Réalisation et scénario : Olivier Babinet. Image : Javier Ruiz Gomez. Son : Vincent Pateau et Cédric Lionnet. Montage : Isabelle Devinck. Décors : Pierre Pell. Interprétation : Pablo Nicomedès, Vincent Gominet, Arly Jover, Constantin Leu, Rudolfo Caballero et Christophe Bier. Production : Ferris & Brockman.

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