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En salles
14/12/2018

“Nous les coyotes” : l'envers du rêve américain

Sorti cette semaine, ce premier long métrage nous entraînant tout au bout du Nouveau monde est vivement conseillé, riche de promesses pour son duo de jeunes réalisateurs.

Présenté au Festival de Cannes au mois de mai dernier, au sein de la sélection de l’Acid, Nous les coyotes est le premier long métrage d’un duo de réalisateurs français au parcours atypique, ayant étudié le journalisme à Cannes, fréquenté l’EHESS à Paris et tourné un documentaire pour la télévision sur les figures féminines de l’extrême-droite internationale contemporaine.

S’étant établis à Los Angeles, à l’été 2013, Hanna Ladoul et Marco La Via y ont tourné coup sur coup un court, Diane From the Moon, et un premier long, également en anglais et qui s’inscrit dans cette tonalité du cinéma indépendant US qui prend délibérément ses distances avec les codes hollywoodiens, s’intéressant aux outsiders et aux laissés pour compte du rêve américain.

Le jeune couple désargenté de Nous les coyotes a quitté l’Illinois pour l’Ouest et son miroir aux alouettes. La quête d’un emploi devient un enjeu narratif d’une urgence absolue, pour pouvoir commencer une nouvelle vie, et le soleil irradiant de Californie contraste avec la violence économique à affronter. Dans Diane From the Moon (photo ci-dessous), l’héroïne, afro-américaine et transgenre (jouée par Mya Taylor, déjà remarquée dans Tangerine de Sean Baker), semblait elle aussi très isolée, venant de rompre avec sa compagne et se voyant confrontée à la menace d’un inconnu aussi brutal que sexiste – trumpien, pour résumer...

À l’ère de #MeToo, l’outrance de cette intrusion apparaissait davantage comme une épreuve métaphorique, Diane ne pouvant reprendre le cours de sa vie et retrouver l'espoir qu’en se débarrassant d’un symbolique fardeau, celui du regard général sur son identité bafouée. Et ce sont ainsi des chroniques de seconde naissance, thème ô combien complexe aux États-Unis, qui nous sont proposées par Hanna Ladoul et Marco La Via depuis leur exil volontaire. Peut-être reviendront-ils, un jour prochain, creuser ce sillon de ce côté-ci de l’Atlantique...

Christophe Chauville


Filmographie courts métrages d'Hanna Ladoul et Marco La Via 

Le populisme au féminin (2012, coréal. avec Matthieu Cabanes, 52 min)
Diane From the Moon (2016, 11 min)