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En salles
26/12/2018

“Monsieur” : Master and Servant

Dernier mercredi de sorties en salles pour 2018 et un premier film de fiction raffiné et touchant est à ne pas rater : “Monsieur”, de Rohena Gera.

Quelques semaines, étrangement, après un documentaire du même titre – consacré à feu Jean d'Ormesson par le présentateur de JT Laurent Delahousse –, ce Monsieur vaut sans doute davantage le voyage, vers Bombay en l'occurrence, où se déroule une très délicate histoire mettant en présence un fils de riche famille, complètement désabusé par l'annulation in extremis de son mariage avec une fiancée infidèle, et sa servante issue d'une caste inférieure et arrivée depuis sa campagne vers la grande ville et le gouffre béant de ses inégalités sociales. Ratna sert Ashwin, le jeune “monsieur”, du mieux qu'elle peut, tout en discrétion et en efficacité, jusqu'à ce que le jeune homme s'aperçoive de l'existence d'un être humain à ses côtés et que leur relation évolue peu à peu... La gageure du récit et de la mise en scène de Rohena Gera, scénariste née en 1973 qui débute presque derrière la caméra (elle a toutefois réalisé un documentaire en 2013, What's Love Got to Do with It ?), est de saisir l'éventuelle naissance d'un sentiment qui paraît a priori inconcevable, en se tenant constamment loin des codes hollywoodiens – ou même bollywoodiens, puisque ce pourrait être de circonstance – d'une romance convenue où l'amour transcenderait tous les écueils culturels, religieux ou sociaux.

Mais dans le “vrai monde”, tout n'est pas possible et ce qui se joue est plus complexe, infiniment bien capté au détour d'un regard ou d'un geste, avec même une signification politique affirmée, à l'ère où la société indienne se situe véritablement à la croisée des chemins, écartelée entre des situations économiques et structurelles évidemment aux antipodes les unes des autres.

Coproduction entre l'Inde et la France, Monsieur a été remarqué à la Semaine de la critique 2018, où le Prix Fondation Gan à la diffusion lui a été remis, puis fort logiquement primé, à l'automne, aux festivals de Saint-Jean-de-Luz et Cabourg.

Christophe Chauville