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Vu sur le web
08/12/2016

Un moyen métrage de Nadav Lapid

Présenté à la Semaine de la critique au mois de mai dernier, le dernier film en date du prodige de Tel Aviv est présenté chaque jour de cette semaine à 13h (13h15 pour ce qui concerne le dimanche 11) au Nouvel Odéon à Paris.

Journal d’un photographe de mariage est incontestablement un drôle d’objet, tant on pense que le réalisateur des très marquants Le policier (2012) et L’institutrice (2014) aurait pu imaginer un long métrage sur le sujet et le personnage, mais s’est calé pour des raisons que l’on ignore sur une durée de quarante minutes. Point de frustration excessive, pourtant, car le film, comme on dit, se tient remarquablement et ne manque ni de puissance ni de singularité, entraînant sur des terrains a priori inattendus.

La première séquence elle-même déconcerte : la caméra filme absolument n’importe quoi, dans le cadre d’une fête de mariage, certes, mais elle donne le vertige, montre le sol ou le plafond, des bribes furtives de jambes ou de crânes d’invités. Que se passe-t-il ? En réalité, celui qui a filmé était alors sur sa première mission et ne savait pas utiliser son Caméscope, comme il l’explique, beaucoup plus tard, à son petit garçon : il croyait alors que le voyant rouge indiquait, comme un feu de signalisation, le non-enregistrement !

Cette notion de contraire ainsi induite d’emblée imprègne toute l’histoire du photographe, qui se verra impliqué dans les deux séances de photos nuptiales qu’il assure et qui sont mises en exergue ici : il finira en fait par épouser l’une des futures mariées et accède aux désirs de violence de la seconde, visiblement en plein désarroi. Le symbole du mariage n’est donc nullement, comme on le devine, synonyme d’un rêve d’absolu dans le regard que porte ce cinéaste décidément virtuose et capable de composer des séquences aussi inouïes que celle d’une danse endiablée de la première impétrante en robe blanche sur le Take on Me d’A-Ha. Ou lorsqu’un cinéma “intello”, sinon théorique, rencontre le populaire, et même le pop.

Christophe Chauville