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Vu sur le web
23/03/2017

Cap sur Cap-Breton !

C'est dans le cadre de cette île de l'extrême est du Canada, dont elle est originaire, que la prometteuse Ashley McKenzie nous entraîne à la fois avec son premier long, au cinéma à partir du 22 mars, et avec ses courts métrages.

Les personnages principaux de Werewolf, Blaise et Nessa, arpentent les environs en proposant aux habitants de menus travaux rémunérés, comme la tonte de la pelouse. En réalité, ce couple en déséquilibre lutte avec ses addictions et tente de s'en sortir grâce à un traitement à la méthadone. Mais chacun ne réagira pas de la même façon à sa belle résolution et si Nessa trouve un emploi pour s'en sortir réellement, la phase de sevrage est plus compliquée pour son compagnon, qui dérive dangereusement vers l'abyme...

La dureté de l'intrigue trouve une traduction frontale à l'image, avec une mise en scène proche du documentaire (le film est inspiré d'un véritable couple de jeunes toxicomanes), à hauteur de ses personnages, filmés souvent en gros plans et sans fards (littéralement d'ailleurs, la jeune actrice étant regardée de façon très crue, sans aucun maquillage). On pense à Rosetta et cette veine sociale directe, même si la dimension romanesque de l'histoire d'amour parvient à exister sporadiquement, au-delà des sérieux écueils se plaçant en travers de la route du couple. Le lieu, évidemment, est incroyablement dépaysant, si peu vu au cinéma. À l'exception des courts métrages de la réalisatrice, à savoir When You Sleep (2012), Stray (2013) et 4 Quarters (2015), tous tournés sur cette île proche de Saint-Pierre-et-Miquelon. Avant cela, Ashley McKenzie s'était distinguée avec Rhonda's Party (2010), dans lequel une vieille dame mourrait dans un hospice à la veille de la fête donnée pour ses cent ans, plongeant l'une de ses congénères dans une incrédule sidération.

Avec son couple bancal, en partie pour cause d'immaturité du jeune mec, When your Sleep (vu notamment à Toronto et à Stockholm) se situe assez près de Werewolf. La violence larvée au sein des situations et états de fait ne demande qu'à éclater, ce que la présence d''un simple rat provoque... Un cinéma fort et parfois dérangeant, donc, même si son cachet arty peut par moments agacer, et en tout cas une personnalité à suivre dorénavant attentivement.

Christophe Chauville

Werewolf est programmé cette semaine au Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris.