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Festivals
28/06/2017

Intégrale Andreï Tarkovski

La Cinémathèque française et le Festival de La Rochelle proposent une intégrale Andreï Tarkovski en copies restaurées. Celle-ci comprend immanquablement ses trois courts métrages réalisés pendant ses étude à Moscou au VGIK, la fameuse école de cinéma.

Quel est le point commun entre Robert Siodmak, Don Siegel et Andreï Tarkovski ? Une nouvelle d’Ernest Hemingway, Les tueurs (1946), à partir de laquelle Siodmak broda un des classiques du film noir et rendit célèbre Ava Gardner en femme fatale et dont Siegel fit un remake (traduit par À bout portant, 1964) tout en tension et en violence, un des rôles marquant de Lee Marvin.

Tarkovski était étudiant au VGIK dans la classe de Mikhail Romm, quand il proposa, d’adapter cette nouvelle, en coréalisation avec Alexandre Gordon. « L'ensemble des œuvres d'Ernest Hemingway venait d'être publié pour la première fois en Union soviétique, explique le toujours excellent Ciné-club de Caen, et Tarkovski suggéra, pour leur court métrage d'école, d'adapter Les tueurs, selon lui : "Une histoire très tragique, d'une vérité particulièrement profonde". Le VGIK approuva officiellement le projet, autorisant ainsi pour la première fois ses étudiants à réaliser un film à partir d'une oeuvre étrangère. Ce film de dix-neuf minutes est découpé en trois scènes : la première et la dernière, qui se déroulent au café, furent tournées par Tarkovski ; celle du milieu, dans la chambre d'Andersen, par Gordon. »

Tarkovski a participé à la réalisation de trois courts métrages pendant ses études. Si le premier, Les tueurs (1956), joue avec les lois du genre (typage des personnages, sens de la dramaturgie et du suspens, travail sur la lumière), Il n’y aura pas de départ aujourd’hui (1959), coréalisé aussi avec Gordon, film dédié au 40e anniversaire du Komsomol léniniste (l’Union des jeunesses léninistes communistes, créée en 1918), met en valeur le courage de soldats soviétiques après que soient découverts des obus à l’occasion de travaux de terrassements. La ville évacuée, l’équipe des démineurs dégage délicatement un à un ces objets qui risquent d’exploser pour les transporter dans un terrain éloigné, avec un sens du suspens digne du Salaire de la peur.

Son exercice de fin d’études, Le rouleau compresseur et le violon (1960) apparaît comme plus personnel. Coécrite avec Andreï Kontchalovski, cette fable initiatique met en opposition deux mondes, un enfant de bonne famille, qui apprend le violon, et un ouvrier, conducteur de rouleau compresseur. Dans ce film à destination du jeune public, Tarkovski fait preuve d’un sens du détail sensible et s’offre des moments purement plastiques, mais toujours motivés, comme ces plans qui magnifient la force des engins de terrassements ou ceux qui jouent de la démultiplication kaléidoscopique des images.

Les courts métrages de Tarkovski annoncent moins son cinéma qu’ils ne désignent la chrysalide dont il lui a fallu s’émanciper pour devenir l’artiste majeur qu’il est devenu.

Jacques Kermabon

La rétrospective Andreï Tarkovski

Cinémathèque française, du 28 juin au 12 juillet 2017
Les courts métrages sont présentés le 3 juillet à 16h45 et le 12 juillet à 21h30.

Festival international de La Rochelle, du 30 juin au 9 juillet 2017
Les courts métrages sont présentés le 2 juillet à 14h, 6 juillet à 19h45 et le 8 juillet à 19h45.