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En salles
05/09/2017

Popa Pop Aye !

Un ravigotant road-movie à dos d’éléphant sort ce mercredi 6 septembre, signé d'une cinéaste singapourienne venue du court métrage : Kirsten Tan.

Place aux jeunes ! Thana erre désabusé, au crépuscule d’une peut-être trop brillante carrière dans sa capitale de prédilection. Mis au placard dans sa propre entreprise après plus de trente ans de bons et loyaux services dans le bâtiment : un vaste centre culturel et commercial qu’il a érigé, d’ores et déjà voué à la destruction. Il se trouve soudain nez à nez (disons plutôt pif à trompe) avec un tonitruant pachyderme qui le rappelle au bon souvenir de Pop Aye, le non moins volumineux copain (alors éléphanteau) de son enfance, auprès duquel il partagea de merveilleux moments dans la ferme de son oncle Peak. Il l’adopte sans consulter Bo, son épouse rétive (“Je ne suis pas gardienne de zoo !).

Notre architecte cinquantenaire n’hésite pas à prendre le large avec Pop Aye (alias Bong). Pratiquant à l’occasion le “camion-stop” dans la banlieue de Bangkok, dormant le plus souvent à la belle étoile, il parcourt la Thaïlande, dans l’espoir de partager de nouveau le lopin de terre de son tonton. Et de retrouver, bien loin des villes, les rythmes et les parfums d’antan.

En dépit des menaces d’un duo d’argousins – heureusement trop encombrant pour entrer dans leur quatre-roues alors que Thana peut se mettre aisément à dada tout en haut de Pop Aye –, ils se frottent à pas mal de baladins marginaux plutôt sympas : du doux dingue chevelu et mystique à la belle de nuit peinturlurée, voire au travesti un peu pompette, parmi les fêtards des fiestas nocturnes. Et les petits matins où l’on folâtre et l’on s’asperge à gogo au bord de l’eau ne sont pas tristes...

Génétiquement parlant, une puce vaut un éléphant. Paraît-il. Et le prurit humain peut, pourquoi pas, trouver sa place entre toutes les espèces, sans acrimonie à l’égard de l’animal.

À propos de son éléphant, la cinéaste Kirsten Tan, tant scénariste que réalisatrice, a déclaré : “Je ne veux pas que ce soit un de ces animaux exotiques et amusants qu’on voit dans les dessins animés.... À l’entendre, Pop Aye est ni plus ni moins marginal que Thana. Et que dire de l’arrivée inopinée d’une girafe dessinée, au cou démesurément long, mâchouillant des feuilles avant même le déroulement du générique ? En prélude à de non moins brefs extraits cartoonesques du fameux bouffeur d’épinards (de Paramount Pictures), accompagnés de  réminiscences musicales : I’m Popeye the Sailor Man, rengaine sifflotée par Thana (tout heureux de retrouver son copain pachyderme) ne sont pas de simple coquineries de potaches1.

En tout cas, bien avant ce tout premier long parcours, Kirsten Tan, native de Singapour et qui n’est pas encore trentenaire, s’est déjà illustrée à travers plusieurs courts métrages, quasiment tous sélectionnés internationalement et primés en compétition de Singapour à Busan, via Rotterdam ou Toronto 2.

 

Michel Roudevitch

 

1. N’en déplaise à Kirsten Tan, il est plaisant de se remémorer un petit bonhomme débonnaire, binoclard et moustachu, un proche parent dessiné de son architecte (interprété, lui, par un vrai comédien) qui s’entiche, non point d’un mastodonte, mais d’une licorne : un animal mythique qu’il prétend avoir aperçu dans leur jardin, sans convaincre sa peu accommodante compagne. Kirsten Tan n’a probablement jamais vu A Unicorn in the Garden  de Bill Hurst, réalisé aux États-Unis d’après un conte illustré de l’humoriste James Thurber. Mais les bons esprits se rencontrent...
Et ce petit bijou est sans doute l’une des plus folles histoires de fous de l’UPA (United Productions of America, soit des dissidents des studios Disney de Burbank en quête d’horizons nouveaux dans les années 1950.

2. Développé à la Berlinade et au TorinoFilmlab, où il a remporté le Production Award, ainsi qu’à l’Atelier du Festival de Cannes, Pop Aye a été présenté en avant-première, puis couronné du Prix du scénario cette année au festival de Sundance.